Les autorités médicales allemandes ont donné leur feu vert à la commercialisation de la pilule abortive, brisant un nouveau tabou sur l’avortement, auquel l’influente Église catholique et la démocratie-chrétienne restent farouchement opposées. La pilule RU-486 ou Mifégyne, en vente en France depuis 1988, en Grande-Bretagne et en Suède, pourrait être disponible en Allemagne à l’automne après fabrication d’emballages et notices en allemand et après que les médecins eurent été dûment informés sur le produit. La décision de l’Agence allemande du médicament fait suite à une demande d’enregistrement déposée le 6 avril par les laboratoires Exelgyn du Français Édouard Sakiz, le propriétaire des droits, auprès de l’Agence européenne du médicament à Londres. Cette demande vaut aussi pour les autres pays de l’Union européenne (sauf le Portugal, l’Italie, le Luxembourg et l’Irlande), où la procédure suit toujours son cours. En Espagne, le ministère de la Santé se montrait optimiste mardi, jugeant qu’elle serait «très probablement acceptée». Pour l’Allemagne, la décision des autorités médicales fédérales est aussi l’aboutissement d’une initiative controversée lancée par le gouvernement social-démocrate/écologiste de Gerhard Schröder dès son arrivée au pouvoir, à l’automne. La nouvelle majorité levait ainsi le veto imposé par les conservateurs sous le chancelier chrétien-démocrate Helmut Kohl. La ministre de la Famille Christine Bergmann (SPD) n’était pas encore en fonction qu’elle plaidait déjà pour l’introduction sur le marché allemand de ce «médicament judicieux». Pour Mme Bergmann, qui a aussitôt salué la décision mardi, il n’y avait pas lieu de «discuter» avec l’Église catholique sur ce sujet. Polémique Depuis, la polémique fait rage. Des députés de tous bords, médecins, féministes, responsables d’associations de femmes, ecclésiastiques et citoyens débattent de l’opportunité de la Mifégyne dans les médias allemands. De nombreuses voies se sont élevées pour rappeler que l’avortement est illégal en Allemagne, même s’il est dépénalisé sous certaines conditions. La majorité sociale-démocrate et écologiste au Bundestag a finalement ouvert la voie à la distribution de la pilule abortive en adoptant un texte de loi, au grand dam de l’opposition chrétienne-démocrate (CDU). Elle prenait ainsi le risque de remettre en question le fragile consensus sur l’avortement de l’après-réunification, entériné par une loi en 1995 après cinq années de violente polémique. La loi, qui doit entrer en vigueur incessamment, stipule que la pilule abortive ne peut être délivrée en pharmacie. Elle sera distribuée par les fabricants aux établissements pratiquant les IVG, afin d’en contrôler strictement la distribution. La Mifégyne ne pourra être administrée qu’après consultation après d’un centre de Conseil sur l’avortement, un préalable obligatoire à toute IVG. Elle ne pourra en outre être prise qu’au cours des sept premières semaines de grossesse si elle a pour but une interruption de grossesse par voie médicamenteuse. Mais l’autorisation a été étendue à douze semaines s’il s’agit de préparer une IVG par voie chirurgicale. Des responsables catholiques ont immédiatement crié au scandale, alors même que les évêques allemands viennent de céder à une injonction du pape sur l’avortement. Ils ont ainsi accepté fin juin que les 270 centres catholiques de conseil du pays (sur 1 690) délivrent à l’avenir des certificats de consultation spécifiant clairement que le document ne permet pas d’avorter. Pour l’ultraconservateur cardinal-archevêque de Cologne, Joachim Meisner, qui avait comparé en janvier le produit au gaz Zyklon B dont usaient les nazis, l’autorisation de «la pilule abortive assassine» marque un «jour noir pour l’Allemagne». C’est «une violation du droit» et l’Agence du médicament s’est faite «l’esclave des groupes d’intérêt».
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