La Tour de Pise, l’un des monuments les plus célèbres au monde, a commencé à pencher dès sa construction, en 1173, et, malgré les milliers de projets échafaudés au cours des siècles, n’a jamais pu être totalement redressée. Symbole de la puissance maritime de Pise, défi lancé à la face de la ville rivale Florence, le projet de la Tour de Pise est attribué à Bonanno Pisano. La première pierre est posée le 9 août 1173, mais très rapidement, le campanile, érigé sur un sol spongieux et instable, commence à pencher. Les travaux sont suspendus et ne reprendront qu’en 1272, pour s’achever un siècle plus tard. Haute de 58 mètres, recouverte de marbre, elle est déjà baptisée «la Tour penchée de Pise», en raison de son inclinaison vers le sud. Une inclinaison qui fascine, intrigue et inquiète: au cours des siècles, architectes, experts, rêveurs et charlatans du monde entier se succèdent au chevet du monument et échafaudent des projets, des plus sérieux aux plus farfelus, pour redresser la tour. Dix-huit commissions d’experts se sont succédé, sans résultats probants jusqu’à présent. Et plus de 9 000 projets pour sauver la Tour ont été imaginés. Un Américain a ainsi proposé d’ériger une deuxième tour penchant exactement dans le sens inverse, afin de soutenir le vieux campanile. Un Pisan a imaginé de construire une immense statue de Saint-Rainier, le patron de la ville, dont le bras tendu retiendrait la chute de la Tour. En 1998, un Chinois se targuant d’avoir redressé 18 monuments dans son pays a juré de guérir la Tour en quelques mois, grâce à une méthode dont les détails sont restés à ce jour inconnus. Les diverses opérations de sauvetage de la Tour, fermée au public depuis 1990, en raison du danger, se sont avérées assez aléatoires. En 1993, 600 tonnes de lingots de plomb sont réparties au pied du campanile, côté nord. La Tour se redresse de quelques degrés. Mais deux ans plus tard, c’est la catastrophe: des travaux d’excavation font perdre en 48 heures 2,5 millimètres au monument. En urgence, 200 tonnes de plomb sont ajoutées sur la base nord, afin de faire contrepoids et de stopper la lente chute du campanile. Aujourd’hui, la Tour de Pise est affublée de «bretelles» métalliques. Posés en décembre dernier, ces câbles d’acier, d’une longueur d’environ 100 m, reliés à une base d’appui haute de 14 mètres, ont été mis en place pour parer à tout ébranlement de l’édifice durant des travaux d’excavation. Douze piliers de 14 mètres ont été installés à une profondeur d’un mètre sous la tour et doivent permettre une stabilité du monument pour au moins un siècle. Vingt-quatre piliers supplémentaires doivent être installés à partir de septembre. Michele Jamiolkowski, le président du comité de sauvegarde de la Tour à l’origine de ce dernier projet, est optimiste: depuis décembre, l’édifice s’est redressé de 3 centimètres, revenant ainsi à sa position des années 1970. Avant le début du prochain millénaire, la Tour devrait avoir regagné une quarantaine de centimètres.
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