Le vent a aidé le Tour de France à battre son record de vitesse. L’Italien Mario Cipollini a enlevé la quatrième étape, mercredi à Blois (Loir-et-Cher), à la moyenne de 50,355 km/h. Un symbole. C’est le sprinteur le plus réputé du peloton, le plus spectaculaire, le plus théâtral, le «Monsieur Plus» du groupe en fait, qui détient désormais le «ruban» des étapes du Tour. Pour moins d’une roue, son avance sur l’Allemand Erik Zabel, Mario Cipollini figure désormais sur les tablettes et justice doit être rendue à ce personnage, sur le devant de la scène depuis 1989. Depuis le premier sprint massif, «Cipo» avait dû laisser les podiums à Jaan Kirsipuu, l’Estonien qui s’habitue à porter le maillot jaune, puis à Tom Steels, le Belge candidat à sa succession. L’Italien prenait son mal en patience mais il marquait sa contrariété de vivre un début du Tour contraire à ses habitudes. «J’ai appris avant le Tour que Cipollini n’intéressait plus Saeco qui va réduire son budget. C’est un peu comme une vieille voiture que l’on met au garage», a expliqué le sprinteur italien avec son sens de la formule. «Cela m’a un peu démoralisé mais c’est le droit des dirigeants». Laissé libre sur le marché, l’inimitable Toscan a bien évidemment déjà reçu des offres. D’une équipe française (Cofidis ?), paraît-il, de plusieurs groupes italiens aussi. Car, à 32 ans, s’il touche au crépuscule de sa (riche) carrière, Cipollini présente encore les qualités nécessaires pour faire mouche dans les sprints massifs dès lors qu’il est emmené dans les meilleures conditions. L’anniversaire raté de Zabel Sur la longue ligne droite de 1 200 mètres menant à l’arrivée, après le pont sur la Loire, les maillots rouges de la Saeco se sont davantage montrés que les jours précédents. Mario Scirea puis Gian Matteo Fagnini ont pointé en tête du peloton après un travail préparatoire de Pascal Chanteur (pour le compte de Kirsipuu) sous la flamme rouge. Comme à la parade, Cipollini a lancé ensuite le sprint aux 250 mètres. Zabel, distancé de deux longueurs sur le moment, s’est rapproché dans les derniers mètres. Mais il a échoué une nouvelle fois à la deuxième place, lui qui tenait tant à fêter de brillante manière son 29e anniversaire. Sans faiblir, sinon imperceptiblement, «Cipo» a gagné sa neuvième étape du Tour, égalant le score de l’inoubliable campionissimo Fausto Coppi, la plus grande légende du cyclisme italien. «Non, c’est ma dixième», a corrigé le sprinteur de Lucques en rappelant qu’il avait (puissamment) contribué à la victoire de son équipe dans le contre-la-montre par équipes de l’édition 1993, du côté d’Avranches. En atteignant son but, même s’il n’a pas délivré la même impression de supériorité insolente que par le passé, Cipollini a pulvérisé le record de l’étape la plus rapide qui datait de 1993. Johan Bruyneel, le Belge devenu cette saison le directeur sportif de l’équipe US Postal, avait alors conclu les 158 kilomètres séparant Evreux d’Amiens à la moyenne de 49,417 km/h. Virenque comme les autres Hormis sur la piste, où les conditions restent stables, les chiffres dans le cyclisme relèvent du relatif. La distance, le parcours, la météo et la... volonté des coureurs déterminent la vitesse des étapes. Entre Laval et Blois, les longues lignes droites menant au val de Loire – un parcours-toboggan – et surtout le vent soutenu soufflant dans le bon sens ont aidé le peloton à accélérer l’allure pour rejoindre les environs du château au plus vite, avec plus de vingt minutes d’avance sur le meilleur horaire pourtant calculé à 46 km/h. Anthony Morin et Gianpaolo Mondini, tout autant, ont participé à ce record. Le Français, qui a débuté dans la galère Force Sud (une équipe qui a duré quelques mois seulement en 1996) avant de rejoindre BigMat puis La Française des Jeux, et l’Italien ont mené une échappée de 97 kilomètres. Après avoir compté plus de six minutes d’avance, ils ont tenu bon jusqu’à l’approche de Blois, à six kilomètres de l’arrivée, où leur aventure commune s’est achevée par une poignée de main avant le retour du peloton. Décidément, ce Tour multiplie les symboles. Même pour Richard Virenque, qui s’était plaint d’être le pestiféré, le mouton noir de l’épreuve. Pour la première fois depuis le prologue, Jean-Marie Leblanc, directeur du Tour de France, est venu le voir peu avant le départ de Laval. Déclarations Le temps d’une «mise au point amicale», selon ses propres termes : «Je lui ai dit qu’à partir du moment où il était dans la course, il était pour nous un coureur comme les autres, ni plus ni moins». Mario Cipollini (Ita, vainqueur de l’étape) : «Je dois remercier mes équipiers Fagnini et Scirea qui m’ont piloté impeccablement jusqu’aux 250 mètres. Ensuite, j’ai donné tout ce que j’avais dans les jambes. Le train rouge de la Saeco n’est pas mort, ni le vieux lion. J’espère que mon succès va faire réfléchir le parraineur qui souhaite se désengager en fin de saison. On associe mon nom à celui de Fausto Coppi qui avait remporté également neuf succès sur le Tour. Cela me gêne évidemment beaucoup. D’ailleurs, j’en suis à dix succès si on totalise une victoire dans un contre-la-montre par équipes». Erik Zabel (All, 2e) : «C’était mon anniversaire et je n’ai pu exaucer mon rêve de m’offrir un cadeau. Je le regrette aussi pour mes équipiers qui ont beaucoup travaillé dans la dernière heure de course et dans le dernier kilomètre. Depuis le début du Tour, j’arrive à battre à tour de rôle mes principaux adversaires, mais il y en a toujours un pour me devancer. J’ai fini deux fois deuxième, une fois troisième, une autre quatrième. Il y aura bien une fois où je les devancerai tous le même jour». Tom Steels (Bel, 4e) : «Je me suis rapidement aperçu qu’il serait difficile de prendre le maillot jaune. Avec les échappés, on a disputé un seul sprint bonification pour la première place et Jaan Kirsipuu m’a battu. D’autre part, quand on fait les sprints intermédiaires, on est beaucoup moins performant pour l’arrivée. J’étais en 6e ou 7e position et j’ai pris la roue de Kirsipuu. Mais il a manqué de jump et je n’ai pu que me rapprocher. J’ai encore deux ou trois jours pour prendre le maillot jaune, mais ce n’est pas la priorité de l’équipe».
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