Après plusieurs semaines de confinement à l’intérieur de la station orbitale Mir, le spationaute français Jean-Pierre Haigneré et son commandant de bord russe Viktor Afanassiev s’apprêtent à plonger aujourd’hui vendredi dans le vide astral, réalisant un rêve sous haute surveillance. Les deux hommes doivent effectuer une sortie de plusieurs heures dans l’espace afin de récupérer des expériences scientifiques et d’en installer d’autres à l’extérieur de Mir. Ils se livreront également à une simulation de réparation de la coque de Mir. «Je rêve d’ouvrir l’écoutille, de regarder la terre défiler 400 kilomètres au-dessous», confiait Haigneré avant son départ pour l’espace. «Déjà à travers le hublot, on se sent tout petit, alors, à l’extérieur de la station, on doit vraiment se sentir rien du tout. C’est un sentiment très, très fort...» Moment privilégié pour le spationaute, la sortie extra-véhiculaire (EVA) n’en demeure pas moins un exercice éprouvant tant physiquement que mentalement en raison du danger qui l’entoure. «Les risques encourus lors des EVA sont liés au vide quasi intégral qui entoure le cosmonaute», explique Jean-Pierre Haigneré. Pour commencer, les cosmonautes doivent s’assurer à la station «par deux cordons de sécurité sans lesquels (ils) pourraient s’en éloigner indéfiniment» et dériver à jamais dans la nuit sidérale, précise-t-il. Entre rêve et cauchemar De plus, ne pouvant compter sur les différentes couches gazeuses de l’atmosphère terrestre, le cosmonaute évolue par des conditions extrêmes de température et de rayonnement solaire et n’est protégé que par son scaphandre d’une épaisseur d’environ un centimètre et d’un poids de 100 kilos au sol. Son étanchéité quasiment parfaite est réalisée «au prix d’une rigidité significative, qui doit être combattue par le cosmonaute dans chacun de ses mouvements», souligne le spationaute. Bien que ne sentant pas le poids de son scaphandre en raison de l’absence de pesanteur, le cosmonaute en sortie extra-véhiculaire déploie énormément d’énergie et risque de se retrouver rapidement dans un état de fatigue préjudiciable à sa sécurité. Une autre conséquence de cette activité musculaire, ajoutée au confinement, est le risque d’élévation de température du corps du cosmonaute, pouvant être rapidement nuisible à sa condition physique et psychologique et rendre l’activité dangereuse. Outre un entraînement pour apprendre à mieux gérer ses ressources, le cosmonaute dispose «d’un très ingénieux système de thermorégulation interne», indique Jean-Pierre Haigneré. Et pour couronner le tout, les cosmonautes savent qu’ils ne peuvent écarter les risques de panne de circuits internes (eau, oxygène, régulation de pression, thermorégulation) du scaphandre, aussi sophistiqué soit-il. «Tous ces systèmes sont doublés, mais nous devons prendre en compte les risques de panne», reconnaît Haigneré, précisant que c’est pour cette raison que les sorties se font toujours à deux cosmonautes «en liaison radio le plus souvent». D’ailleurs Haigneré confie qu’une des manœuvres répétées pendant l’entraînement en piscine est «le retour d’un cosmonaute ne réagissant plus par son collègue qui prend alors en charge l’ensemble des opérations de retour d’urgence». Car dans l’espace, le cauchemar n’est jamais très loin du rêve.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Après plusieurs semaines de confinement à l’intérieur de la station orbitale Mir, le spationaute français Jean-Pierre Haigneré et son commandant de bord russe Viktor Afanassiev s’apprêtent à plonger aujourd’hui vendredi dans le vide astral, réalisant un rêve sous haute surveillance. Les deux hommes doivent effectuer une sortie de plusieurs heures dans l’espace afin de récupérer des expériences scientifiques et d’en installer d’autres à l’extérieur de Mir. Ils se livreront également à une simulation de réparation de la coque de Mir. «Je rêve d’ouvrir l’écoutille, de regarder la terre défiler 400 kilomètres au-dessous», confiait Haigneré avant son départ pour l’espace. «Déjà à travers le hublot, on se sent tout petit, alors, à l’extérieur de la station, on doit vraiment se sentir rien du...