Les témoignages de réfugiés kosovars d’origine albanaise, de plus en plus concordants, faisant état d’enlèvements, de viols et d’assassinats de jeunes femmes par les forces serbes au Kosovo se multiplient. Depuis le début de l’exode des Albanais de la province, fuyant la terreur serbe, en Albanie ou en Macédoine, de nombreux récits ont rapporté des disparitions de jeunes femmes et jeunes filles, enlevées dans leurs villages ou sur les routes par des Serbes en armes. Le 9 avril, le porte-parole du Pentagone, Kenneth Beacon, déclarait: «Nous recevons des informations très dérangeantes selon lesquelles des jeunes femmes kosovars ont été rassemblées dans un camp d’entraînement de l’armée serbe près de la ville de Djakovica, où elles ont été violées par les soldats, et jusqu’à vingt d’entre elles auraient été tuées». Dans la nuit de lundi à mardi, la famille Halime, originaire de Slatina (près de l’aéroport de Pristina), a pénétré en Albanie par le poste frontière de Morina et immédiatement raconté le meurtre d’une jeune femme de 22 ans. Selon eux, Shpresa Halime, née Krasniqi, a été tuée pour avoir tenté d’échapper à des miliciens serbes qui voulaient la faire descendre de la remorque d’un tracteur précisément à l’entrée de Djakovica au sud-ouest du Kosovo. Leur récit, confirmé par celui de témoins extérieurs à la famille, interrogés en des lieux et moments différents, a été jugé crédible par le porte-parole à Kukes du Haut-commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR), Jacques Franquin, qui a assuré avoir «toutes les raisons de croire qu’il est vrai». «À l’entrée de Djakova (nom albanais de Djakovica), nous avons été ralentis par un tracteur en panne», raconte Imer Hajdine, 39 ans, cousin de la victime. «Un paramilitaire serbe s’est approché, a tapé sur l’épaule de Shpresa et lui a demandé son âge. Elle a répondu “22 ans”, sans tourner la tête». Zahide Hajdine, 32 ans, autre cousine, assure qu’elle était elle aussi dans la remorque. Elle désigne la place où elle était assise. «Le Serbe, qui parlait un mauvais albanais, l’a forcée à descendre en la tirant par le bras. Puis il s’est tourné pour s’adresser à moi. Pendant ce temps, Shpresa s’est glissée sous la remorque. Quand il s’en est aperçu, il a fait avancer le tracteur. Elle a couru derrière, tenté de sauter en marche. Il a tiré». Ferhat Halime, 65 ans, beau-père de la morte, affirme avoir «crié en serbe: “Laisse-la!” et avoir entendu un autre milicien conseiller au tireur : “Laisse tomber!”. Mais il lui a tiré dans le dos, une seule rafale».
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