Des représentants des tribus d’Amazonie se trouvent depuis quelques jours dans la capitale fédérale américaine pour essayer de sauver leur plante sacrée dont un citoyen américain a obtenu aux États-Unis un brevet d’utilisation exclusive. Des sorciers, venus de la forêt amazonienne, ont exposé l’utilisation de l’Ayahuasca (banisteriopsis caapi) utilisée depuis des générations dans leurs cérémonies pour soigner le corps et l’âme de leurs peuples. Habillés de vêtements de couleurs vives, avec de lourds colliers de coques ligneuses, coquillages et petites perles coloriées, la tête couverte de plumes d’oiseaux exotiques, deux chamans (médecins-prêtres) ont «nettoyé» le corps et l’esprit d’un «patient». Ses cheveux ont été mouillés avec une tisane à base d’Ayahuasca, un puissant hallucinogène ne pouvant pas être importé à l’état naturel aux États-Unis. Le sorcier a bu ensuite la potion dont il a aussitôt aspergé le patient. Ce dernier a reçu enfin un verre de tisane à boire. «Mettre un brevet sur cette plante équivaut à mettre un brevet sur la croix des chrétiens», a affirmé Antonio Jacanamijoy Rosero, responsable de l’organisation des indigènes du bassin de l’Amazone (COICA) qui représente plus de 400 tribus dans neuf pays de la région. Loren Miller, un chercheur californien, a obtenu un brevet sur cette plante en 1986 dans l’espoir d’en tirer une utilisation médicale, notamment pour soigner le cancer. Mais il n’a pas exploité son brevet jusqu’à présent. Produit dangereux «J’ai analysé la variété d’Ayahuasca de M. Miller et j’ai trouvé qu’elle est identique à celle qui pousse à l’état sauvage dans le bassin de l’Amazone», a observé pour sa part William Anderson, directeur du jardin botanique de l’université du Michigan. Or, dans ce domaine, un brevet ne peut être délivré à une personne que pour une espèce botanique qu’elle a modifiée. «Ce brevet est le symptôme d’un problème plus vaste. Si quelqu’un peut se vanter d’un droit d’invention sur une plante existante, notre loi sur la propriété intellectuelle perd de sa valeur qui est d’encourager l’innovation», a relevé David Downes, avocat du centre pour la législation internationale sur l’environnement (CIEL), qui défend la cause des Indiens d’Amazonie. «Nous nous inquiétons également du fait qu’un individu puisse revendiquer un droit de propriété sur l’héritage sacré de plusieurs milliers de personnes», a-t-il poursuivi. «Nos sages savent comment utiliser cette plante dans un but médical et religieux, mais dans les mains d’une personne de mauvaise intention elle peut se transformer en un produit dangereux, comme cela a été le cas pour les feuilles de coca, dont on tire la cocaïne», a renchéri Antonio Jacanamijoy Rosero.
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