La décision de plusieurs pays occidentaux d’accueillir des milliers de réfugiés du Kosovo, pour éviter une déstabilisation de la région, divise les Alliés : la France et l’Italie craignent notamment qu’elle ne conforte la campagne de nettoyage ethnique. Selon le Haut commissariat de l’Onu pour les réfugiés (HCR), près de 400 000 personnes ont fui le Kosovo depuis le début des frappes aériennes de l’Otan en Yougoslavie le 24 mars, ce qui constitue «le plus grand exode de population en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale». Le nombre de réfugiés augmente chaque jour de plusieurs milliers et risque de déstabiliser l’Albanie et la Macédoine, les deux pays voisins de la Yougoslavie qui en accueillent la plus grande partie. La Macédoine craint une remise en cause de son fragile équilibre ethnique (les Albanais y représentent 25 à 30 % de la population) et l’Albanie, pays le plus pauvre d’Europe dont la région nord est difficilement contrôlée par Tirana, est déjà dépassée par ce «fardeau». Pour les soulager et faire face à l’urgence sanitaire, certains pays de l’Otan se sont déclarés prêts dimanche à accueillir au total au moins 100 000 réfugiés «à titre temporaire». «L’Allemagne a proposé de recevoir 40 000 personnes, la Grèce 5 000, la Norvège 6 000, la Turquie 20 000, le Canada 5 000 et les États-Unis 20 000», selon le porte-parole de l’Otan, Jamie Shea. «Nous pensons qu’il est important que les États-Unis partagent le fardeau à ce sujet», a indiqué le secrétaire d’État américain Madeleine Albright. Quant à la Grande-Bretagne, elle est aussi prête à accueillir «temporairement quelques milliers» de personnes. Interrogée par la BBC depuis la Macédoine où elle se trouve, le ministre britannique au Développement international, Clare Short, a pourtant jugé lundi «hors de propos» la question du déplacement vers d’autres pays de Kosovars réfugiés en Macédoine. «Déplacer les gens hors de la région reviendrait à faire exactement ce que veut Milosevic», a estimé Mme Short. Tous les pays de l’Otan ne sont pas sur la même longueur d’ondes. Certains, comme la France, craignent que cet éloignement des réfugiés de leur région contribue à entériner la politique prêtée au président yougoslave Slobodan Milosevic de «vider» le Kosovo de ses habitants albanais. Le Premier ministre français Lionel Jospin a ainsi jugé «fondamental» que les réfugiés kosovars puissent «rentrer chez eux». Son ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine a souligné que la France privilégiait l’aide aux réfugiés du Kosovo dans leur région d’origine à l’accueil dans les pays éloignés. «Nous n’allons pas donner cette satisfaction aux autorités yougoslaves», a-t-il dit, ajoutant: «Nous n’accepterons pas ces déportations de masse». Le président du Conseil italien Massimo d’Alema a lui aussi pris cette direction en exhortant les réfugiés à «ne pas se disperser en Europe», pour «ne pas encourager le nettoyage ethnique au Kosovo». Les réfugiés kosovars doivent rester proches de leur région afin qu’ils «puissent rentrer chez eux dès que c’est possible», a renchéri le secrétaire d’État italien aux Affaires étrangères Umberto Ranieri. Concernant les réfugiés en Macédoine, M. Ranieri a recommandé que les «États proches (Hongrie, Bulgarie, Roumanie et Turquie)» en accueillent, quitte à bénéficier d’une aide de l’Union européenne. La Bulgarie a déjà déclaré qu’elle ne pouvait recevoir davantage de réfugiés kosovars en raison de ses difficultés économiques et par crainte d’une «exportation du conflit» du Kosovo. L’Allemagne semblait partager l’analyse française et italienne. Le ministre délégué aux Affaires étrangères, Guenter Verheugen, jugeait alors que l’accueil de réfugiés en Europe de l’Ouest et du Nord serait un «signal complètement faux. Cela voudrait dire que nous ne croyons pas que la vie puisse être de nouveau possible pour les Albanais du Kosovo au Kosovo». L’Otan a indiqué que Bonn a proposé d’accueillir jusqu’à 40 000 réfugiés. Officiellement, l’une des «priorités de l’Otan» reste le retour de «tous les réfugiés au Kosovo en sécurité», selon le porte-parole de l’Alliance Jamie Shea.
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