La politique de communication des membres de l’Otan, marquée depuis le début de la guerre contre la Yougoslavie par des déclarations contradictoires ou imprécises, doit être améliorée et mieux organisée, estiment des diplomates. Dès le début de leur intervention, en constatant l’échec de la voie diplomatique, les membres de l’Otan ont clamé que le recours à la force visait à faire «signer» au président yougoslave Slobodan Milosevic le plan de paix conçu en France et déjà accepté par les Albanais du Kosovo. Deux jours plus tard, premier revirement. «Si on dit qu’on va bombarder jusqu’à la signature d’un accord par le président yougoslave, Slobodan Milosevic, ça pourrait prendre des années», ironise un diplomate de haut rang. Dès lors, le langage de l’Alliance a évolué, pour passer de «la signature d’un accord de paix» à «la dégradation de la capacité militaire serbe». Autre changement de discours, relatif cette fois à la défense antiaérienne serbe. Pendant plusieurs jours, les diplomates au siège de l’Otan ont affirmé qu’elle n’avait guère subi les conséquences des bombardements. Le week-end dernier, les mêmes diplomates assurent qu’elle est suffisamment détruite pour envisager des opérations non plus seulement de nuit, mais également de jour. Mardi, un porte-parole de l’Alliance a cependant pris le contre-pied de cette information en indiquant qu’elle était toujours «bien orchestrée et dynamique». Pour les militaires de l’Otan, trop dire revient à mettre en danger la vie des pilotes. Pour les diplomates, ne pas en dire assez revient à perdre à la longue le soutien des opinions publiques, qui ne comprennent pas que l’opération n’ait pas d’effets immédiats et que des flux de réfugiés soient de plus en plus évoqués dans les médias. «Nous avons eu un gros problème de communication, dû au fait que nous avons annoncé que les frappes avaient pour objectif d’éviter une catastrophe humanitaire», reconnaît un diplomate. La suite a montré «le ridicule de cette communication», ajoute-t-il. D’un point de vue opérationnel, militaires comme diplomates s’accordent à reconnaître la difficulté de communiquer sans risquer de mettre en danger la vie des pilotes. Si des détails sont donnés sur un objectif, en indiquant par exemple que sa destruction a commencé mais n’est pas suffisante, les Serbes pourraient en déduire qu’il va à nouveau être visé lors de prochains raids, indiquent des diplomates et des militaires. Plusieurs autres exemples prouvent une absence de coordination entre les pays de l’Otan ou des erreurs pouvant avoir d’importantes conséquences. Ainsi, un général britannique, David Wilby, a annoncé lundi que Fehmi Agani, principal conseiller du dirigeant kosovar modéré Ibrahim Rugova, avait été abattu dimanche. Aussitôt après, plusieurs délégations européennes ont fait savoir qu’elles n’avaient pas la confirmation de ce décès. Mardi, le même officier britannique a assuré que la source de son information était «très bonne», mais les mêmes délégations ont continué à laisser paraître leurs doutes. L’organisation sur 24 heures, depuis le début du conflit, de trois conférences de presse dans trois pays différents n’aide pas à harmoniser la politique de communication. Dans la nuit, avec le décalage horaire, c’est Washington qui ouvre le bal, avec quotidiennement une conférence de presse du Pentagone. Londres avec son ministre de la Défense George Robertson prend le relais en fin de matinée. Vient ensuite la conférence de presse de l’Otan, avec un général britannique, David Wilby, et le porte-parole de l’Alliance Jamie Shea. Selon des sources concordantes, ces trois interventions se font sans aucune coordination.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La politique de communication des membres de l’Otan, marquée depuis le début de la guerre contre la Yougoslavie par des déclarations contradictoires ou imprécises, doit être améliorée et mieux organisée, estiment des diplomates. Dès le début de leur intervention, en constatant l’échec de la voie diplomatique, les membres de l’Otan ont clamé que le recours à la force visait à faire «signer» au président yougoslave Slobodan Milosevic le plan de paix conçu en France et déjà accepté par les Albanais du Kosovo. Deux jours plus tard, premier revirement. «Si on dit qu’on va bombarder jusqu’à la signature d’un accord par le président yougoslave, Slobodan Milosevic, ça pourrait prendre des années», ironise un diplomate de haut rang. Dès lors, le langage de l’Alliance a évolué, pour passer de «la...