Le débat sur l’opportunité de pendre ou non le chef rebelle kurde Abdullah Öcalan bat son plein en Turquie et divise le pays. La plupart des éditorialistes de la presse turque, qui contribue grandement à former l’opinion publique, soulignaient hier que la réponse à cette question dépassait largement la seule personne d’Öcalan et penchaient pour un choix pro-européen, et donc anti-exécution. «Pendrons-nous Öcalan ou non? La question est en fait de savoir quelle sorte de futur la Turquie se prépare», soulignait l’éditorialiste du quotidien libéral Radikal. «La Turquie doit décider maintenant si elle veut devenir européenne ou pas», ajoutait-il, à deux semaines du sommet d’Helsinki où Ankara espère décrocher le statut de candidat à l’Union européenne. Le quotidien à grand tirage Hurriyet estimait que le gouvernement doit choisir s’il veut «rester au sein du système européen ou pas» dans les prochaines décisions qu’il prendra concernant le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). En revanche, le journal Turkiye, à coloration islamiste mais surtout nationaliste, estimait que ne pas exécuter Öcalan reviendrait à «duper» les milliers de victimes de son organisation. «Cet homme a mis la Turquie à feu et à sang pendant quinze ans (...) Comment expliquer à ces gens que le chef terroriste ne soit pas pendu?», demandait un éditorialiste. La presse a ainsi poursuivi un débat ouvert peu avant la condamnation à mort d’Öcalan fin juin, qui aurait été impensable au moment de la frénésie nationaliste qui a saisi le pays après sa capture au Kenya à la mi-février. La décision sur le sort du chef kurde doit en principe revenir au parlement, à moins que le dossier ne reste bloqué en commission parlementaire, voire même avant. Le président Suleyman Demirel et le Premier ministre Bulent Ecevit ont fait comprendre qu’ils attendraient la décision de la Cour européenne des droits de l’homme avant toute autre étape. Mais cette attente est contestée par le parti d’extrême droite de l’action nationaliste MHP, fervent supporter d’une pendaison d’Öcalan, ou encore par Mme Tansu Ciller, chef du Parti de la juste voie (DYP), de centre-droit, qui recrute une bonne part de son électorat dans les zones rurales. Le MHP, deuxième parti au Parlement et membre de la coalition gouvernementale, a annoncé clairement et fermement qu’il voterait pour la pendaison d’Öcalan. Le vote des autres formations apparaît plus incertain, bien qu’aucune n’ait pris le risque de se prononcer contre une exécution, de crainte d’une chute libre dans l’électorat. Quant à l’armée, puissant acteur dans le jeu politique turc et institution la plus respectée par les citoyens, elle a fait savoir qu’elle ne se mêlerait pas de la décision sur Öcalan, renvoyant le bébé aux responsables politiques. «Ne nous demandez pas ce que nous pensons», avait dit début septembre à la presse le chef de l’état-major, le général Huseyin Kivrikoglu. «Nous l’avons combattu pendant 15 ans. Notre réponse sera vraisemblablement émotionnelle. L’affaire est entre les mains de la Cour de cassation et des hommes politiques». Le calendrier du processus de décision restait donc très flou au lendemain du jugement de la Cour de cassation. Il dépendra sans aucun doute largement de la décision que prendra l’UE à Helsinki sur la candidature de la Turquie. Si elle essuie un nouveau refus, rien ne pourra s’opposer à un repli nationaliste de mauvais augure pour Öcalan.
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