Enfiler ou ôter un collant fait partie des gestes simples et quotidiens de la femme. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Le bas n’a pas toujours été une exclusivité féminine ; il n’a pas toujours été conçu d’un voile léger et fin ; il n’a pas toujours été à la portée de tout un chacun. Le collant et surtout le bas ont une histoire presque aussi vieille que celle des hommes. Si le collant en lui-même est une invention de la seconde moitié du XXe siècle, cela fait des millénaires que les femmes, mais aussi les hommes, habillent leurs jambes de tissus. Ce sont les Égyptiens qui, les premiers, portent les premières chaussettes ; celles-ci présentent la particularité d’avoir le gros orteil séparé et d’être tricotées. Les premiers bas retrouvés dans des tombes égyptiennes remontent à environ 500 avant Jésus-Christ. Bien plus tard, Attila-le-Hun enveloppe ses jambes de bandes de tissus colorées. Au XVIe siècle, le bas est un moyen d’expression et un accessoire de mode indispensable. En soie, il coûte extrêmement cher et a le défaut d’être terriblement fragile. Les princes en portent en fil de soie tissé d’or ou d’argent. Les riches en font faire en brocart ou même en cuir. Les dandys en portent plusieurs de couleurs différentes, toujours vives, superposés les uns sur les autres. Le comble du chic consiste à surajouter des bas aux motifs en damier contrastant avec d’autres aux motifs à rayures. Pour faire tenir ces bas divers et variés, une seule solution s’imposait à l’époque : la jarretière. Mais il ne faut pas s’y méprendre, il n’y a rien de bien érotique là-dedans car il faut préciser que le plaisir de montrer ses jambes est, jusque dans les années vingt, exclusivement réservé aux hommes. Au XIVe siècle, Jeanne de Navarre se voit offrir de magnifiques bas de soie en cadeau de noces. Son majordome les aurait jetés à terre en s’écriant avec indignation que «les reines d’Espagne n’ont pas de jambes» ! Le premier homme à d’ailleurs porter des bas en France est Henri II, pour le mariage de sa sœur Marguerite en 1569. Le premier métier à tricoter, qui permet de produire des bas mécaniquement, est mis au point en 1589 par un Anglais, William Lee. Ces premiers bas sont tous unis, mais des bas à motifs, chinés, à côtes ou à fleurs sont très vite fabriqués. La révolution du nylon C’est le 15 mai 1940 que les premiers bas en nylon sont mis en vente. En France, non moins de quatre millions de paires sont achetées en quatre jours ! Les femmes se mettent toutes à cette fibre-miracle et bon marché. Toutefois, le début de la Seconde Guerre mondiale ralentit ce commerce florissant. En effet, la totalité de la production de nylon est réquisitionnée par l’armée pour «l’effort de guerre». Pendant les quelques années qui suivent, les femmes sont donc contraintes de maquiller leurs jambes, se servant de crayon à paupières pour dessiner une fausse couture à l’arrière de leurs mollets. Néanmoins, dès l’arrêt des hostilités mondiales, le commerce du nylon reprend de plus belle, bien que la vitesse de production ne parvienne pas à satisfaire une demande imposante. À New York, Macy’s vend son stock de 50 000 paires en moins de six heures, alors qu’à Pittsburgh, une foule de 40 000 femmes se presse toute la nuit sous une pluie torrentielle devant un tout petit magasin spécialisé. Il faut attendre 1948 pour que la production de bas nylon reprenne un cours normal. Du bas au collant En 1950 apparaît le premier bas sans couture, décliné en plusieurs couleurs et plusieurs degrés de finesse. C’est à cette époque que le coût du nylon baisse véritablement et que le bas devient un objet populaire. Puis, en 1959, un nouvel espoir est donné, ainsi qu’un sérieux coup de fouet à la mode, avec le développement du spandex. Cette matière synthétique et hautement élastique s’étire dans tous les sens. Nous avons l’ancêtre du lycra qui présente malheureusement l’inconvénient majeur pour des bas de se déformer. Le grand saut s’effectue dans les années soixante, 1968 très exactement, avec l’invention du premier collant Tels Quels de Dim en France. La mode devient incontournable, accentuée par le port de la mini-jupe, et toute jeune fille dans le vent se doit de porter des collants. Aujourd’hui, le choix est infini, aussi bien au niveau des palettes de couleurs que dans les motifs, les tailles et les tissus. Les collants sont spécialement conçus pour des usages divers : marcher, danser, travailler, faire du sport, et font partie de la garde-robe féminine de base. Autrefois objet de luxe réservé à une élite, le bas est quant à lui devenu un accessoire de séduction et de féminité; étrange retournement des choses...
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