La présence à Djibouti du président soudanais Omar el-Béchir et de son opposant l’ancien Premier ministre Sadek al-Madhi constituera l’événement du sommet vendredi et samedi à Djibouti de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad) qui doit également se pencher sur une nouvelle initiative dans la crise somalienne. L’Igad, médiateur dans les conflits en Somalie et au Soudan, comprend Djibouti, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Kenya, l’Ouganda, le Soudan et, en théorie, la Somalie, qui ne dispose plus de gouvernement central depuis 1991. Un comité de l’Igad présidé par le Kenya, dont le président Daniel Arap Moi se rendra à Djibouti, et qui comprend l’Érythrée, l’Éthiopie et l’Ouganda, est engagé dans une médiation entre Khartoum et l’Armée de libération des peuples du Soudan (SPLA, rébellion sudiste) pour tenter de mettre fin à la guerre civile qui dure depuis plus de seize ans. Cette initiative est soutenue et financée par les États-Unis, avait affirmé la secrétaire d’État américaine Madeleine Albright, lors d’une récente visite à Nairobi. Sadek al-Mahdi, le chef de l’Oumma, principal parti nordiste d’opposition, vient de passer près d’une semaine à Addis-Abeba en compagnie de Moubarak al-Fadl, secrétaire général de l’Alliance nationale démocratique (AND, qui regroupe l’opposition nordiste et la rébellion sudiste contre Khartoum). Ils ont été reçus par le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi et devaient se rendre à Djibouti, selon des sources diplomatiques arabes dans la capitale éthiopienne. Cette rencontre est intervenue juste après les entretiens vendredi dernier entre M. Zenawi et le général el-Béchir, selon les mêmes sources. Si MM. el-Béchir et al-Mahdi se parlent à Djibouti, il s’agira de la première rencontre entre les deux hommes depuis le coup d’État de 1989 qui avait renversé le gouvernement de M. al-Mahdi. Selon des diplomates en poste à Asmara, où siège l’AND, cette éventuelle rencontre suscite des craintes d’implosion au sein de la coalition. En ce qui concerne la crise en Somalie, déchirée par une guerre entre chefs de factions rivales depuis la chute du président Siad Barre en 1991, le président djiboutien Ismaël Omar Guelleh a récemment proposé un plan de paix. Celui-ci propose notamment «la reconnaissance par les chefs des milices du principe du droit du peuple somalien à choisir en toute liberté un représentant de son autorité nationale», «le désarmement total des milices», et «la création d’une police nationale au sud, avec l’aide des Nations unies». «Il s’agira notamment de débattre puis d’avaliser l’initiative djiboutienne pour la résolution de la crise en Somalie, en tant qu’initiative de l’Igad», a déclaré un diplomate occidental à Addis Abeba. Cette initiative, qui prévoit enfin des mesures de rétorsion à l’encontre des chefs de clans qui violeraient ces accords et leur traduction éventuelle en justice, avait entraîné le refus de chefs de guerre tels que Hussein Mohammed Aïdid. La réunion ministérielle devait débuter ses travaux jeudi alors que sont annoncés officiellement pour l’instant pour vendredi, les présidents Arap Moi, el-Béchir, ainsi que Meles Zenawi. L’Érythrée ne devrait pas être représentée, mais le conflit armé qui l’oppose à l’Éthiopie depuis mai 1998 doit également être évoqué par les participants au sommet, a indiqué une source gouvernementale éthiopienne. Djibouti et Asmara ont rompu leurs relations diplomatiques en novembre 1998 suite aux accusations érythréennes de «soutien de Djibouti à l’effort de guerre éthiopien».
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