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Actualités - Reportages

Des organismes microscopiques à l'origine de la chaîne alimentaire

Le Dr Marie Abi Saab est le chercheur le plus ancien du Centre national de marine. Recrutée en 1978, elle assure depuis plus de vingt ans un travail soutenu sur les microplanctons, des organismes microscopiques, végétaux ou animaux, qui forment les premier et deuxième maillons de la chaîne alimentaire des poissons. «L’étude de la production primaire, soit la base de la chaîne alimentaire, revient à détecter l’indice de fertilité des eaux dit le Dr Abi Saab. Pour ma part, je concentre mes études sur le premier maillon de la chaîne ainsi que sur une partie du second maillon, soit les organismes qui mangent les premiers et servent de nourriture aux larves de poissons et à certaines espèces comme les sardines». Cela suppose non seulement une recherche en milieu marin mais aussi des heures passées au microscope. Au cours de sa carrière, le Dr Abi Saab a pu identifier deux nouvelles espèces de microplanctons qu’elle a dotées de noms et qui figurent depuis sur la liste botanique mondiale. Elle a été nommée directrice de recherche il y a deux ans. «Nous avons étudié les variations quantitatives et qualitatives dans l’existence de ces organismes : variations saisonnières, géographiques, horizontales, c’est-à-dire selon la distance qui les sépare de la côte, et verticales, selon la profondeur à laquelle ils se trouvent», souligne-t-elle. Résultat des études : il existe une grande diversité de planctons. «Il est important de savoir que nous avons également découvert des variétés toxiques que les animaux filtreurs comme les moules et les huîtres concentrent dans leur organisme et qui sont capables de causer des empoisonnements chez les amateurs de fruits de mer, explique le Dr Abi Saab. Il n’y a pas encore eu, que l’on sache, de cas dramatiques d’empoisonnement dus à cette alimentation. Mais la question suscite des remous, en Europe notamment où les moules et les huîtres sont consommées crues». Le Dr Abi Saab a découvert que ces algues toxiques étaient présentes en plus grand nombre dans les ports. Cela veut-il dire que c’est la pollution qui favorise leur développement ? «Il peut s’agir de la pollution comme il peut s’agir d’un phénomène naturel, répond-elle. Mais c’est dans tous les cas le déséquilibre du milieu marin qui en est la cause». La pollution et ses effets sur le milieu, le Dr Abi Saab les connaît bien, puisqu’elle doit le plus souvent en tenir compte dans son travail. Comment évalue-t-elle la situation du littoral ? «La configuration de la côte libanaise est presque rectiligne, fait-elle remarquer. Il n’y a pratiquement pas de baies fermées. Cela favorise la dispersion rapide des polluants, surtout si l’on tient compte des vagues et des courants maritimes. Cela a pu retarder les effets dévastateurs de la pollution sans toutefois en éliminer les risques». Le Dr Abi Saab n’exclut pas cependant certaines pollutions localisées, probablement irréversibles, notamment dans les ports et les régions industrielles comme, à titre d’exemple, la côte de Selaata (Liban-Nord), près de l’usine chimique LCC, où les planctons sont pratiquement inexistants. Évaluant les principaux changements dus à la pollution depuis vingt ans qu’elle exerce son métier, elle remarque que «dans les zones côtières, il y a eu une augmentation de planctons due à la pollution microbiologique». Elle ajoute : «Les égouts n’ont pas que des effets polluants, ils sont aussi cause d’enrichissement. Malheureusement, en raison de leur grand nombre, leur effet global ne peut être que nuisible. Cependant, pour étudier les conséquences générales sur les poissons, il faudrait une étude focalisée et une recherche à long terme, qui nous fait défaut aujourd’hui au Liban puisqu’il n’existe pas de chercheurs dans tous les domaines». Le manque de chercheurs n’est pas le seul problème : le Dr Abi Saab souligne que le centre était doté autrefois d’un bateau, crucial pour les études océanographiques, mais qui a disparu pendant la guerre... Il n’y a pas non plus une carte des profondeurs, la seule existant au Liban ayant été faite par les Français et réservée à l’usage militaire. Par ailleurs, le Dr Abi Saab travaille sur des projets dans le cadre d’un partenariat entre le centre et des instances régionales et internationales, comme le programme franco-libanais Cèdre, le Programme des Nations unies pour l’environnement (Unep), ainsi qu’avec des pays voisins. Elle a plus de 40 publications à son actif.
Le Dr Marie Abi Saab est le chercheur le plus ancien du Centre national de marine. Recrutée en 1978, elle assure depuis plus de vingt ans un travail soutenu sur les microplanctons, des organismes microscopiques, végétaux ou animaux, qui forment les premier et deuxième maillons de la chaîne alimentaire des poissons. «L’étude de la production primaire, soit la base de la chaîne alimentaire, revient à détecter l’indice de fertilité des eaux dit le Dr Abi Saab. Pour ma part, je concentre mes études sur le premier maillon de la chaîne ainsi que sur une partie du second maillon, soit les organismes qui mangent les premiers et servent de nourriture aux larves de poissons et à certaines espèces comme les sardines». Cela suppose non seulement une recherche en milieu marin mais aussi des heures passées au microscope. Au...