Cela fera exactement 30 ans, vendredi soir, que l’un des buts les plus fameux de l’histoire du football brésilien fut marqué : le millième du roi Pelé face au Vasco da Gama alors que le pays tout entier retenait sa respiration. C’était dans la nuit torride du 19 novembre 1969, devant 65 000 spectateurs privilégiés du Maracana, de Rio de Janeiro, venus assister au match entre le tout-puissant Santos, de Edson Arantes do Nascimento dit Pelé, et le club local Vasco da Gama. Le moment historique s’est produit à la 32e minute de la seconde période alors que le score était à égalité 1 à 1. Pelé, bousculé par les défenseurs du Vasco, Fernando et René, tombe dans la surface de réparation. L’arbitre Manoel Amaro de Lima racontera, bien des années plus tard, qu’il avait eu froid dans le dos mais, sans hésiter, a sifflé le penalty. Au milieu d’un silence de mort, les joueurs du Santos se sont retirés derrière la ligne médiane et il ne resta plus à Pelé d’autre alternative que de placer la balle sur le point de penalty. Les buts du Vasco étaient alors défendus par l’un des meilleurs gardiens de l’époque, l’Argentin Gato Andrada. «Avant de tirer le penalty, Pelé s’est approché de moi et m’a dit : “Si je marque je veux garder le ballon”, je lui ai répondu d’accord, mais, si je le bloque, je le lancerai aux supporters du Vasco», avouera Andrada bien des années après. Le prodige brésilien, buteur froid et impitoyable en temps normal, avait les jambes qui tremblaient avant de tirer : «J’ai respiré à fond et j’ai attendu de me calmer. Quand j’ai tapé dans le ballon, j’ai pensé qu’Andrada allait l’arrêter. Mais lorsque j’ai vu le ballon entrer dans le filet, j’ai ressenti un énorme soulagement». C’était le 2-1 de la victoire du Santos. Il s’ensuivit une confusion sans précédent dans le stade : une partie du public a envahi le terrain et l’attaquant brésilien a fait un tour de piste olympique, porté en triomphe en montrant au public le ballon de la gloire. «Nous allons protéger les pauvres, les enfants miséreux, penser à ceux qui sont dans le besoin, nous allons aider tout le monde. Pour l’amour de Dieu, le peuple brésilien ne peut oublier les enfants pauvres», sanglotait Pelé dans le micro qu’on lui tendait. Trente ans après cette nuit magique, les nouvelles générations de Brésiliens ont du mal à mesurer l’importance de l’exploit réalisé par Pelé à 29 ans. Pour avoir une idée, l’actuelle grande vedette du football, Romario, considéré comme l’un des meilleurs buteurs contemporains, est arrivé à 33 ans avec un score de 400 buts. Pelé, à 30 ans, avait déjà marqué près de 1 100 buts et 1 279 à la fin de sa carrière quand il en avait 35. Né le 23 octobre 1940 à Tres Coraçoes, dans l’État de Minas Gerais, le Brésilien a commencé à jouer pour le Santos à 14 ans et a marqué son premier but le 7 septembre 1956. En 1975, il a quitté définitivement le football pour se consacrer aux affaires mais sans jamais abandonner le sport. Il a même été ministre des Sports lors du premier mandat du président Fernando Henrique Cardoso (1994-1998). La carrière de Pelé a connu de nombreux moments de magie pure mais le but numéro 1 000 est sacré. Tout ce que le Brésilien a touché ce soir-là (son uniforme, le ballon, le filet des buts d’Andrada, des morceaux de pelouse et même les vêtements de l’arbitre) est devenu des reliques, que les propriétaires gardent précieusement en dépit d’offres d’achat de millionnaires. Le ballon a même été volé un jour par un fanatique mais, une fois récupéré par la police, Pelé en a fait don à l’Association de pères et amis d’enfants handicapés mentaux (APAE) de Sao Paulo, où il est exposé. Le mythique maillot numéro 10 qu’il portait cette nuit-là est en possession de sa fille, Kelly, qui vit aux États-Unis. Un ancien masseur du Vasco da Gama possède l’un des trois autres ballons utilisés lors du match. L’année 1969, que l’on se rapelle dans de nombreux pays comme étant celle «du premier homme ayant marché sur la lune», sera toujours au Brésil «l’année du millième but de Pelé». Pour les Brésiliens, les deux exploits se valent en importance et c’est pourquoi ils revivent cette nuit-là avec une passion toujours aussi intense.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Cela fera exactement 30 ans, vendredi soir, que l’un des buts les plus fameux de l’histoire du football brésilien fut marqué : le millième du roi Pelé face au Vasco da Gama alors que le pays tout entier retenait sa respiration. C’était dans la nuit torride du 19 novembre 1969, devant 65 000 spectateurs privilégiés du Maracana, de Rio de Janeiro, venus assister au match entre le tout-puissant Santos, de Edson Arantes do Nascimento dit Pelé, et le club local Vasco da Gama. Le moment historique s’est produit à la 32e minute de la seconde période alors que le score était à égalité 1 à 1. Pelé, bousculé par les défenseurs du Vasco, Fernando et René, tombe dans la surface de réparation. L’arbitre Manoel Amaro de Lima racontera, bien des années plus tard, qu’il avait eu froid dans le dos mais, sans hésiter, a...