À une époque où la minceur est une consigne impérative et l’embonpoint une disgrâce égale à une infirmité, la boulimie frise la tare. Déjà manger à sa faim ou se laisser tenter par le plaisir du palais, même épisodiquement, est vécu comme un vice, que serait-il alors de cette pulsion incontrôlable de s’empiffrer à longueur de journée de toute denrée comestible sous l’emprise d’une faim intarissable ? Les psychologues parlent de comportement compulsif en avertissant qu’il s’agit d’un état capable d’engendrer des tentatives suicidaires. Sœur jumelle, en effet, d’un autre trouble grave, celui de l’anorexie mentale, elle entraîne un sentiment de mal-être et de honte, voire une dépression, susceptible de pousser le sujet au suicide. L’entourage assiste impuissant et désarçonné à cette lente descente aux enfers, sans pouvoir intervenir efficacement pour arrêter le processus. L’intervention donc d’un spécialiste, le plus tôt possible, est absolument nécessaire. La boulimie, comme l’anorexie mentale, est une anomalie grave du comportement alimentaire. Elle se manifeste, généralement, sous forme de crises, par une absorption impressionnante de nourriture avalée presque sans discernement ! La crise boulimique est suivie d’un profond sentiment de honte, de dépréciation de soi et de souffrance conduisant, après des vomissements provoqués, à un état dépressif susceptible de conduire au suicide. D’où la gravité de ce mal. Causes et facteurs Également grave, l’anorexie mentale est une restriction progressive de l’alimentation aboutissant à un amaigrissement extrême, mettant ainsi en péril la vie du sujet. Les causes de ces deux troubles sont similaires : difficulté du passage à l’âge adulte, causes personnelles (mésentente familiale, solitude, rupture, conflits sentimentaux ou professionnels). Ces deux atteintes, qui touchent en grande partie les femmes, ne sont pas considérées héréditaires. Cependant, il a été observé qu’une anomalie du comportement alimentaire maternel, même si elle n’est pas obligatoirement transmise aux enfants, ceux-ci, dans une grande proportion de cas, se trouvent atteints d’un trouble du comportement alimentaire. Ceci s’explique par le fait que la mère, cachant mal sa propre inquiétude face à l’alimentation de sa progéniture, finit involontairement par conditionner ses enfants. Combiné à certains autres facteurs, ce conditionnement finit par induire l’effet constaté. Le lien entre anorexie et boulimie Le passage d’un état boulimique à un état anorexique, ou vice versa, est bien plus fréquent qu’on ne le pense. L’anorexie peut évoluer vers la boulimie. D’ailleurs, la boulimie est parfois une forme masquée d’anorexie. Ces deux affections paraissent avoir entre elles un lien qu’on ne doit pas oublier, même si leurs traitements restent très distincts. L’anorexie, en effet, se traite par psychothérapie individuelle avec une hospitalisation permettant une rupture, avec éloignement de la famille. La rééducation alimentaire et une thérapie ayant pour but la réconciliation de la personne avec son image complètent le traitement. Les boulimiques sont bien plus difficiles à soigner. Pour eux, la thérapie de groupe semble plus indiquée ainsi que les thérapies centrées sur la réconciliation avec sa propre image corporelle. La thérapie comportementale, avec prise de notes sur les crises boulimiques, leur évolution, leur fréquence, les conditions de leur survenue et leur déroulement, s’avère, dans certains cas, très efficace. En cas de dépression, fréquente dans les cas de boulimie, la médicamentation prescrite joue un rôle complémentaire très positif.
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