Les Palestiniens semblent pris dans l’engrenage d’une nouvelle donne qui se dessine au Proche-Orient après la relance du volet syrien du processus de paix en passe d’éclipser leur dossier, du moins à court terme, estimaient hier des analystes et des diplomates. Mais un blocage prolongé des négociations israélo-palestiniennes pourrait conduire à une vague de violence en Cisjordanie et dans la bande de Gaza où «la population, qui attend les dividendes de la paix avec un règlement final promis pour l’an 2000, finira par perdre patience», avertit un chercheur palestinien. «Les négociations syro-israéliennes, qui ont repris la semaine dernière, vont sûrement occuper le devant de la scène, au détriment du volet palestinien, donnant au Premier ministre israélien Ehud Barak l’occasion de jouer un volet contre l’autre», selon ce chercheur, Iyad Sarraj. Depuis les accords de Camp David en 1979, les Arabes se sont en effet engagés dans la paix avec Israël en rangs dispersés, explique un diplomate arabe. Les Palestiniens de Yasser Arafat, qui avaient crié à la trahison de l’Égypte pour avoir conclu une «paix séparée» avec Israël, se sont eux-mêmes rendus coupables, aux yeux de la Syrie, d’avoir signé séparément les accords d’Oslo en 1993. Cette tactique semble guider désormais la politique de Damas qui affirme, depuis la reprise de ses négociations avec Israël, que la rétrocession du Golan et le retrait israélien du Liban-Sud conduiraient à une paix totale au Proche-Orient. «La question palestinienne, considérée depuis la création d’Israël en 1948 comme la cause centrale des Arabes, ne figure plus dans le discours politique syrien», déplore Iyad Sarraj. «Cette omission est volontaire», affirme un diplomate palestinien, ajoutant que «la Syrie de Hafez el-Assad cherche à prendre sa revanche sur Yasser Arafat, qu’elle voue aux gémonies, en bradant délibérément la cause palestinienne». «Les Palestiniens ont senti le danger planer sur le sort de leurs négociations avec Israël bien avant la reprise des pourparlers syro-israéliens, laquelle se préparait depuis des années par des contacts secrets», poursuit-il. L’opposition palestinienne en Syrie, longtemps utilisée pour contrebalancer la politique d’Arafat, a ainsi été discrètement priée de plier bagage. Cette mesure «traduit en réalité de claires pressions exercées sur l’Autorité palestinienne», explique ce diplomate. Pris au piège de sa propre tactique, Yasser Arafat en est réduit à réclamer une intervention américaine et européenne pour survivre politiquement. «Or, les États-Unis, comme les pays européens, sont en passe de privilégier un accord de paix entre Israël et la Syrie qui ferait de Barak un champion de la paix et inscrirait le nom du président Bill Clinton dans l’Histoire», selon lui. «Ce que nous redoutons le plus, c’est que les prétendues assurances américaines aux Palestiniens sur un aboutissement de leurs négociations ne soient en réalité que des pressions pour nous soutirer davantage de concessions», explique un responsable palestinien sous couvert d’anonymat. «Nous sommes assiégés, et l’avenir est sombre, d’autant plus que nous ne pouvons plus compter sur l’aide des pays arabes, qui se bousculent pour se placer sous le parapluie américain», ajoute-t-il. Pour s’en sortir, le Hamas, opposé au processus de paix, propose de s’en remettre au peuple palestinien. «Notre salut réside dans la restauration de notre unité nationale», affirme Ismaïl Abou Chaneb, responsable du mouvement islamiste. «Notre volonté est de fer. Elle ne peut être vaincue par Israël», dit-il, avertissant qu’«il ne peut y avoir de paix au Proche-Orient sans les Palestiniens».
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