Les milieux financiers saluaient lundi les résultats des législatives russes qui laissent espérer pour la première fois un Parlement à l’écoute du gouvernement et diminuent l’incertitude politique à six mois de l’élection présidentielle. La Russie s’est découverte, de façon surprenante, plus favorable aux réformes qu’aux apparatchiks de l’ère soviétique : le parti pro-Kremlin Unité presque fait jeu égal avec le puissant Parti communiste. Et les «jeunes libéraux», que l’on disait laminés par la crise financière d’août 1998, font leur entrée à la Douma. Le rassemblement libéral Union des forces de droite (SPS), dirigé par l’ex-Premier ministre Sergueï Kirienko et par l’ex-premier vice-Premier ministre Boris Nemtsov, devrait servir de force d’appui à Unité, donnant un paysage politique plus favorable à une coopération constructive exécutif-législatif. «Les forces procommunistes n’auront qu’un tiers des sièges. Lorsqu’ils contrôlaient près de 220 fauteuils, presque la moitié, il était difficile de faire quelque chose de sérieux», relève Christopher Granville, économiste de la banque Fleming UCB, citant le blocage du vote sur l’adoption d’un nouveau code fiscal ou les projets de réforme sur la propriété de la terre. La crise financière avait frappé la classe moyenne sur laquelle s’appuyaient les libéraux. Elle avait éclaté alors que Sergueï Kirienko était Premier ministre, le pouvoir d’achat des Russes un peu plus érodé et le crédit des libéraux miné davantage encore auprès d’une population éprouvée par la brutalité de la transition vers l’économie de marché. Lundi, les libéraux criaient donc victoire. C’est «un soutien sans précédent du peuple aux réformateurs, estimait Anatoli Tchoubaïs, personnage clé des réformes libérales des années 1990. C’est le retour de la droite au pouvoir». Sans aller aussi loin, les économistes et les investisseurs se disaient de bonne humeur et saluaient ce virage à droite. «Le succès du SPS va permettre d’élever le niveau des compétences économiques de la Douma», soulignait la société d’investissement Renaissance capital. «Certes, ils ne seront pas très nombreux, mais leur influence sera plus forte que leur représentation numérique. Les libéraux élus sont des personnalités fortes qui connaissent bien l’économie», explique Christopher Granville. En outre, la victoire d’Unité est considérée comme étant celle du Premier ministre Vladimir Poutine, le dauphin de Boris Eltsine, qui est maintenant en marche vers la présidentielle de juin 2000. «Ceci garantit un processus politique plus doux» pour les six mois séparant du scrutin qui mettra fin à l’ère de Boris Eltsine, relève la société de courtage United Financial Group. «La voie est plus claire, l’incertitude politique diminue et une nette reprise (du marché des actions) est attendue dès le premier trimestre de l’an prochain», souligne aussi Renaissance capital. Sur le marché boursier, les actions s’envolaient : le RTS, principal indice de la Bourse de Moscou, affichait une hausse de 8,9 % en milieu d’après-midi, à 130,92 points. Le volume des échanges était aussi relativement élevé pour un marché jugé moribond depuis la crise financière d’août 1998 : 18,5 millions de dollars avaient déjà été échangés. La remise en selle des libéraux et du centre-droit est donc une «bonne surprise», mais il convient de rester prudent, soulignaient les analystes de Renaissance capital. S’il est vraisemblable que la Douma se montrera plus coopérative avec le gouvernement, il n’est donc pas encore certain que ce soit au bénéfice des réformes économiques et non au profit des seuls intérêts des hommes d’affaires proches du Kremlin (les «oligarques»). M. Poutine n’a pas encore défini de programme économique convaincant.
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