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Actualités - Chronologie

Un patrimoine culturel unique mais menacé

L’identité de Macao, mélange unique entre latinité et civilisation chinoise, est menacée de disparition après la rétrocession de cette enclave portugaise à la Chine, et la petite communauté macanaise des artistes est la première concernée. Cette culture unique au monde, fruit de 442 ans de présence portugaise aux confins de l’empire chinois, se retrouve partout à Macao : dans les pierres, la cuisine et aussi dans les hommes. Les façades baroques aux couleurs pastel du centre-ville côtoient la pierre de temples chinois vieux de plusieurs siècles. La cuisine locale a inventé des mélanges uniques et les Macanais, Eurasiens nés de mariages successifs entre Chinois, Portugais, Malais ou Indiens, sont les symboles de cette rencontre qui dure depuis près de cinq siècles entre Orient et Occident. Victor Marreiros, 39 ans, est l’un d’entre eux, peut-être l’un des plus emblématiques. Son travail de peintre, de graphiste et designer est réputé pour cette touche unique, ce brassage entre technique occidentale et peinture chinoise traditionnelle. Sa connaissance du chinois et du portugais, commune à tous les Macanais, lui permet de jouer avec les caractères et les lettres de l’alphabet dans d’étonnantes associations. Le résultat est unique, mais pour combien de temps. «Nous ne disparaîtrons pas», a-t-il affirmé. «D’ailleurs, si par malheur cette différence venait à disparaître, elle viendrait à manquer terriblement», veut croire cet artiste de 39 ans, qui, bien sûr, a décidé de rester à Macao. «Mais si les nouvelles autorités ne cultivent pas cette différence, alors Macao ne sera plus rien», reconnaît toutefois Victor Marreiros. Le chef de l’Exécutif de Macao Edmund Ho, qui prend le pouvoir aujourd’hui à minuit (16h00 GMT dimanche), a multiplié les déclarations rassurantes sur la nécessité de préserver l’identité de Macao. Le principe «un pays, deux systèmes» doit en théorie lui en donner les moyens, au moins pendant le prochain demi-siècle. «L’héritage de Macao ne va pas disparaître. Nous avons un excellent patrimoine, il fera toujours partie de notre culture et je ne vois aucun changement», a affirmé M. Ho. «Dans dix ans, les gens auront oublié les Portugais», estime cependant Anita Pou-Chou Fung, jeune artiste chinoise qui enseigne à l’école des beaux-arts. Olivia Lam Wan Nei, vice-présidente de l’Institut culturel de Macao, n’est pas loin de partager cet avis. Elle reconnaît qu’il faudra insister auprès des Chinois de Macao, qui forment plus de 90 % de la population pour qu’ils gardent l’esprit ouvert. «Il faut par exemple, explique-t-elle, que les Chinois en matière de défense du patrimoine ne pensent pas seulement aux temples chinois mais aussi aux églises». «Mais j’ai peur que la mentalité des gens de Macao ne change avec le temps», a-t-elle confié. Carlos Marreiros, architecte, peintre, grande figure de la communauté macanaise et frère aîné de Victor, ne veut pas trop y croire. Il reconnaît que beaucoup de gens sont nerveux, mais, dit-il, «c’est surtout psychologique». Les plus pessimistes pensent que Macao deviendra peu à peu une ville chinoise comme les autres où «quelques vieilles pierres» viendront rappeler l’aventure commune tentée pendant des siècles par des Chinois et des Portugais, selon le mot d’un avocat portugais de Macao, Mario Paz. Pour les plus optimistes, comme Victor et son frère, Macao n’a pas d’autre choix que de «cultiver sa différence». Mais en définitive, son sort est entre les mains des Chinois. «S’ils reconnaissent la valeur de cet héritage culturel, il survivra», mais si le nouveau pouvoir chinois «s’identifie avec la Chine communiste, alors ils vont détruire et construire des gratte-ciel», avertit le directeur de la Fondation sino-latine Gary Ngai.
L’identité de Macao, mélange unique entre latinité et civilisation chinoise, est menacée de disparition après la rétrocession de cette enclave portugaise à la Chine, et la petite communauté macanaise des artistes est la première concernée. Cette culture unique au monde, fruit de 442 ans de présence portugaise aux confins de l’empire chinois, se retrouve partout à Macao : dans les pierres, la cuisine et aussi dans les hommes. Les façades baroques aux couleurs pastel du centre-ville côtoient la pierre de temples chinois vieux de plusieurs siècles. La cuisine locale a inventé des mélanges uniques et les Macanais, Eurasiens nés de mariages successifs entre Chinois, Portugais, Malais ou Indiens, sont les symboles de cette rencontre qui dure depuis près de cinq siècles entre Orient et Occident. Victor Marreiros, 39...