L’accord d’Helsinki sur la candidature turque à l’Union européenne ouvre un nouveau chapitre dans les relations entre la Grèce et la Turquie dont l’amélioration récente et spectaculaire restait suspendue à l’octroi du «ticket européen» à Ankara, estiment les analystes à Athènes. Tout n’est pas réglé pour autant, les positions de la Grèce et d’Ankara demeurant diamétralement opposées sur les questions de Chypre et de la souveraineté en mer Égée, dont les deux pays sont riverains. Les Quinze ont d’ailleurs donné quatre ans pour un règlement en Égée. Mais ces querelles seront désormais communautaires, ce qui devrait aider à leur solution, relève la presse grecque. Dans un premier temps, l’accord d’Helsinki va permettre la signature d’accords de coopération bilatérale dans le cadre du dialogue mis en place en juin dernier par les ministres des Affaires étrangères des deux pays, Georges Papandréou et Ismail Cem. Ces textes, qui concernent l’économie, l’environnement et la lutte contre le terrorisme, notamment, sont prêts et leur signature avait été différée jusqu’à la tenue du sommet européen. En engageant ce dialogue, puis en donnant en septembre son accord de principe à l’octroi à la Turquie du statut de candidat, le Premier ministre Costas Simitis et M. Papandréou, tous deux des pro-européens convaincus, avaient engagé un pari audacieux, ce qu’un ministre français appelait en privé «un saut politique», un peu à la manière de l’alliance franco-allemande depuis l’après-guerre. Ce pari apparaît comme gagné, dans un contexte politique difficile en Grèce où la Turquie continue d’inspirer une grande méfiance. Les élections générales sont en effet prévues dans neuf mois, et l’opposition guette un faux pas du gouvernement pour précipiter les échéances à l’occasion de la présidentielle du mois de mars. Or, M. Simitis sort renforcé du sommet d’Helsinki. Pratiquement aucune fausse note ne s’est fait entendre au sein du PASOK, le parti socialiste au pouvoir, dont tous les ténors ont jugé l’accord d’Helsinki satisfaisant pour le pays. Le climat entre la Grèce et la Turquie se situe désormais à des années-lumière de ce qu’il était il y a encore seulement dix mois, lorsque la protection offerte par Athènes au dirigeant séparatiste kurde Abdullah Öcalan avait provoqué une nouvelle grave crise des relations bilatérales. Avoir reconnu au pays rival de l’Égée le statut de pays-candidat à l’UE est «historique pour la paix, la coopération et le développement dans la région», a souligné M. Simitis, pour qui Ankara «a tout à gagner de cette décision». Cela «va aider à la coopération constructive pour le bien des deux peuples», a-t-il dit. Surtout, les rapports gréco-turcs ne seront plus seulement bilatéraux dorénavant mais aussi euro-turcs. «La “communautarisation” limite, jusqu’à la disparition, les vieilles pratiques d’Ankara, qui avaient peu à voir avec le droit international», juge le quotidien Exoussia, très «simitien». Le chemin à parcourir reste long. L’issue des premiers entretiens en cours à l’Onu entre dirigeants chypriotes grecs et turcs livrera une indication des progrès à court terme. Quant aux différends en mer Égée, que le sommet d’Helsinki a souhaité voir résolus par un dialogue gréco-turc avant tout recours à un arbitrage international à partir de 2004, Athènes continue de s’en tenir à sa position intangible, qui ne reconnaît qu’un seul litige, celui portant sur le plateau continental. M. Simitis l’a réaffirmé vendredi dernier.
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