Certains ne perçoivent aucun revenu, n’ont ni appartement ni voiture, d’autres roulent en Rolls-Royce, plongent dans leur piscine privée, reçoivent dans leur 1 400 m2 : le tableau des futurs députés de Russie semble refléter celui des disparités sociales. La loi sur les élections législatives du 19 décembre obligeait chaque candidat à publier le montant de ses revenus et de son patrimoine. Certes, personne n’a avoué posséder 10 % du géant gazier Gazprom ou révélé le montant de comptes bancaires en devises. Mais la presse russe s’est fait un plaisir de décortiquer les «mètres carrés» de surface habitable, les hectares de terrains, les marques des voitures, le nombre de motos, de «remorques» ou de «barques» inscrit dans les déclarations des différents postulants. Où l’on apprend donc que Vladimir Brynsalov, homme d’affaires et candidat du petit Parti socialiste possède plus de voitures qu’il n’y a de jours dans la semaine : une Rolls-Royce, une Jaguar, une Pontiac, trois Mercedes 600, une Mercedes 500, une Audi-A8, etc. Qu’un certain Igor Lebedev, fils de l’ultranationaliste Vladimir Jirinovski, qui a gardé le nom de sa mère, mais se présente sur la liste de son père, possède 28 appartements disséminés à travers la Russie et six villas, dont une de 1 000 m2 à Moscou. Le père lui, connu pour ses relations avec de riches industriels, n’aurait que trois appartements, en comparaison de tailles modestes puisque le plus grand atteint tout juste les 100 m2. Les médias révèlent également que les réformateurs de droite (UFD), les «intellos bourgeois» pour une partie de la population, sont en fait beaucoup moins riches que les membres de l’alliance populiste OVR (La Patrie-Toute la Russie) du maire de Moscou Iouri Loujkov et de l’ex-Premier ministre Evgueni Primakov. Le premier revenu annuel toutes catégories appartient d’ailleurs à un candidat d’OVR, avec 9,6 millions de roubles, soit un million de dollars au taux moyen de 1998. Quant au candidat du Kremlin, Sergueï Choïgou, ministre des Situations d’urgence et tête de liste d’Unité, la presse affirme qu’il peut un week-end réunir une cellule de crise dans sa «villa des environs de Moscou, avec piscine, bain de vapeur, courts de tennis», alors que le dirigeant du Parti communiste Guennadi Ziouganov n’a qu’un appartement de 150 m2 à Moscou... D’autres semblent beaucoup moins bien lotis. Il paraît «que de très nombreux candidats sont désintéressés, n’ont ni maison, ni datcha, ni chevaux», qu’«un certain Vladimir Iakovlev (maire de Saint-Pétersbourg) «et un Aman Touleev (chef de l’administration de la région de Kemerovo, en Sibérie) dorment la nuit dans des boîtes en carton», s’amuse l’hebdomadaire Vlast. De fait, certains n’ont officiellement pas perçu un kopeck de toute l’année 1998, comme Chafkat Abdoulline, directeur d’une société agricole au Tatarstan (centre de la Russie) qui possède tout de même deux tracteurs et plusieurs voitures. Ou les quelques chômeurs inscrits sur les listes des partis, représentants des couches sociales les plus déshéritées de la Russie, où l’écart entre les plus riches et les plus pauvres ne cesse de s’élargir. La palme de la misère revient ex-aequo à un candidat des forces de droite et à un autre d’Unité qui ont inscrit «sans» (revenu et patrimoine) dans chaque case de leur déclaration. Le prix de la transparence est décerné à un candidat de l’Union des forces de droite, Boris Nadejdine, scientifique de profession qui va jusqu’à inscrire les deux toilettes installées sur le terrain autour de sa «datcha en construction».
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