Le président Fidel Castro a pris personnellement la tête de ce qui s’annonce comme une véritable croisade contre les États-Unis pour ramener à Cuba le petit Elian Gonzalez, augurant d’une nouvelle crise dans les relations traditionnellement hostiles entre les deux pays. Accueillant dans la nuit de samedi à dimanche à l’aéroport de La Havane la délégation cubaine ayant participé au Sommet de l’OMC à Seattle, le président Castro a averti que Cuba remuerait «ciel et terre» et livrerait «une bataille mondiale» pour s’assurer le retour à Cuba d’Elian Gonzalez, un petit garçon cubain recueilli aux États-Unis après avoir survécu au naufrage d’une embarcation de réfugiés. Le président cubain a annoncé qu’il renonçait à se rendre aux cérémonies d’investiture le 10 décembre du président élu argentin Fernando De La Rua, pour consacrer toute son attention au cas du petit Elian. Accusant les États-Unis de «flagrant délit de séquestration» d’enfant, Fidel Castro a donné trois jours à Washington pour restituer l’enfant à son père, gardien de parc dans la station balnéaire de Varadero, à 150 km à l’est de La Havane. «Il est difficile de contenir la population au regard de l’état d’irritation dans lequel elle se trouve», a indiqué par ailleurs le président cubain. «Nous allons voir s’ils (les États-Unis) résistent à la bataille mondiale d’opinion qui va se livrer. Ce ne sera pas une guerre, mais une bataille de l’opinion publique, nous allons remuer ciel et terre», a-t-il ajouté, précisant que «de toutes parts, des comités pour la libération de l’enfant séquestré commençait à s’organiser». «Je ne me souviens d’aucun exemple d’agression, ces dernières années, qui soit semblable à celui-ci, un acte aussi grossier, cruel, absurde et criminel que celui-ci», a fustigé Fidel Castro. Un renforcement notable de la sécurité autour de l’immeuble abritant la Section des intérêts américains dans la capitale cubaine – qui fait office de représentation diplomatique – était en place hier. La veille, Ricardo Alarcon, président du Parlement cubain, avait également haussé le ton contre les États-Unis, alors que les deux pays s’apprêtent à entamer le 13 décembre à La Havane un nouveau round de discussions sur leurs accords migratoires de 1994. M. Alarcon, qui conduit ces négociations, a averti que la restitution de l’enfant devait avoir lieu avant cette date. «Il est difficile d’imaginer que nous puissions avoir des discussions constructives avec les représentants d’un gouvernement qui n’éprouve aucun scrupule à violer les droits les plus élémentaires d’une famille et d’un enfant», a-t-il dit. La mère d’Elian et son beau-père, ainsi que six autres immigrants illégaux voulant gagner les États-Unis, ont péri dans le naufrage de l’embarcation le 21 novembre dernier. Le garçon a été recueilli par des membres de sa famille à Miami et a reçu un titre de séjour aux États-Unis pour pouvoir rester en Floride. L’affaire a pris des allures de cause nationale et la presse officielle cubaine a pris fait et cause pour l’enfant qui doit fêter son sixième anniversaire lundi. Dans l’édition dominicale du journal Juventud Rebelde, le père d’Elian affirme que son fils «est influencé et manipulé» par sa famille de Miami qui le force à parler anglais. Pour sa part, la communauté cubaine de Miami – forte de plus d’un million de personnes – a fait de l’enfant un symbole de son opposition au régime cubain. La Fondation nationale cubano-américaine a notamment fait imprimer des posters avec la photo de l’enfant le présentant comme une «victime» de Fidel Castro.
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