À Brazzaville comme à Kinshasa, capitale jumelle bâtie sur l’autre rive du fleuve, les inondations qui commencent avec le début de la «crue du siècle du Congo» s’annoncent comme les pires depuis près de 40 ans. À Brazzaville, où vivent environ 800 000 personnes, les inondations «sont les plus graves de l’Histoire depuis le début des années 60», a annoncé jeudi à la presse le directeur de cabinet du ministre congolais de la Santé, Charles Ganfoumou. Ces inondations, provoquées par le début de la «crue du siècle» du fleuve Congo, affectent pour l’instant les quartiers nord-est de la capitale, Mpila et Kangabanzi, a déclaré à la presse M. Ganfoumou, qui a effectué mercredi une «visite d’évaluation» des zones touchées avec des représentants de l’Unicef et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le secrétaire général de la mairie de la capitale, Senga Bédié, a estimé qu’«à l’allure où montent les eaux, on peut s’attendre au pire» dans les quartiers riverains du fleuve épargnés jusqu’à présent. à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC), la Régie des voies fluviales (RVF) a assuré mardi que le fleuve était entré dans «sa crue du siècle» qui va durer jusqu’en janvier et «probablement dépasser» celles enregistrées en 1903 et 1961-1962. Mercredi, la RVF avait annoncé à Kinshasa que la montée des eaux du fleuve s’accélérait. Dans le quartier de Mpila, le plus ancien de Brazzaville, le secteur de Yoro est sous les eaux. Des dizaines de maisons ont été désertées par leurs habitants. Des baraques de tôles ont été emportées par le fleuve. Selon une première évaluation du directeur général de l’Action humanitaire congolaise, Stéphane Mouïtaya, 1 500 habitants sont sans abris. Mais, précise-t-il, «c’est une évaluation très précoce. La situation est beaucoup plus dramatique (...) Les pluies ne font que commencer et elles vont durer jusqu’au-delà de janvier, ce qui nous fait craindre le pire». À Kangabanzi, quartier récent né de l’urbanisme sauvage en zone inondable, des terrains sont sous 1,5 mètre d’eau. «Je suis désemparée», disait Alphonsine, assise au pied d’un manguier, le regard fixé sur sa maison inondée. À Brazzaville comme à Kinshasa, une des hantises des autorités est la rupture de la fourniture de l’eau potable dans deux capitales où la situation sanitaire est déjà en temps normal très précaire. Les stations de pompage sont en partie inutilisables du fait de la montée des eaux. Les eaux usées ne peuvent plus être évacuées, le sous-sol étant saturé. «Il nous faut des médicaments pour prévenir les épidémies. Les enfants boivent déjà de l’eau non filtrée», indiquait mercredi un habitant de Yoro, Jean-Jacques. Le nord du Congo-Brazzaville a déjà été touché à la mi-novembre par des inondations qui ont fait, selon un bilan partiel des autorités, au moins deux morts et plusieurs dizaines de milliers de sinistrés et ont également dévasté des cultures. Les effets de la crue commencent désormais à se faire sentir jusque l’estuaire du fleuve. Mercredi, l’organisme gestionnaire des ports maritimes de RDC, Matadi, Boma et Banana, a lancé un appel à tous les importateurs possédant des biens dans les entrepôts de ces ports de les évacuer «dans les meilleurs délais». Selon la direction générale de l’Office national des transports (Onatra), le niveau des eaux dans les ports a atteint «le seuil critique» et les entrepôts sont menacés.
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