Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Cinéma - Hollywood-Shanghai est né en 1896 Garbo à la chinoise

La Chine aussi eut son Hollywood et ses stars dans les années 30. La première fut Ruan Lingyu – la «Garbo chinoise» – et, pour en restituer le portrait, le réalisateur chinois Stanley Kwan choisit voici sept ans Maggie Cheung. «Center Stage» vient de sortir et pour expliquer ce décalage, le Studio Canal Plus, distributeur du film, évoque «des problèmes administratifs et techniques». «La société productrice a vendu à une autre société qui a mis le film en sommeil et il a fallu deux ans et demi pour avoir une copie présentable», explique-t-on. «Mais on avait lancé le processus d’acquisition au moment où elle (Maggie Cheung) a fait “Irma Vep”, voire un peu auparavant». Ex-mannequin, Maggie Cheung a déjà une belle carrière asiatique derrière elle lorsque Olivier Assayas lui donne le rôle principal d’Irma Vep en 1996. Cheung est également apparue cette année dans Augustin, roi du kung-fu, d’Anne Fontaine. Pour Center Stage, elle reçut l’Ours d’argent à Berlin en 1992. Shanghai, ville largement ouverte sur l’Occident où le cinéma apparut dès 1896, s’était dotée de puissants studios dès les années 20, rivalisant entre eux pour attirer les plus belles actrices. L’âge d’or dura jusqu’en 1937. Un cortège de plus de 5 kilomètres De 1937 jusqu’à Pearl Harbor (1941), quelques cinéastes continueront de tourner à Shanghai, à l’abri de l’envahisseur japonais dans les concessions internationales. Center Stage mêle documentaire et fiction. De nos jours, une équipe de cinéma part à Shanghai pour tenter de retracer la vie de Ruan Lingyu, qui se suicida en 1935 à l’âge de 25 ans, le jour de la Fête des femmes. Dans cette équipe, Stanley Kwan et Maggie Cheung jouent leur propre rôle. La plus grande partie du film toutefois se déroule dans les années 30 et Kwan ménage habilement les transitions entre les deux époques. «Au début, il est probable que l’idée de Kwan était précisément de faire un film qui dresse un parallèle entre les deux actrices et de montrer, par une analyse des mentalités, comment les choses ont changé», explique Cheung. «Finalement, au fur et à mesure que le film a progressé, il s’est davantage concentré sur les années 30». La mort même de Ruan Lingyu est digne de Hollywood. On en attribue généralement la cause à une campagne de diffamation lancée par la presse à scandale. Lors de ses obsèques, le cortège dépassait cinq kilomètres et de nombreux fans se suicidèrent à leur tour. Quelques films dans lesquels elle a tourné ont été préservés mais la plupart ont disparu. «Elle a commencé à 16 ans, j’ai commencé à 18 ans. J’en avais 25 à l’époque où on a fait le film, elle est morte à 25 ans. En fait elle et moi avons suivi en partie le même chemin», dit Cheung. D’autres affinités se sont créées entre Cheung et son personnage, ne serait-ce que par le fait que les parents de Cheung sont de Shanghai. En outre, elle a appris d’elle. «Elle était très expressive par son corps, ce qui n’était pas mon cas ; moi, c’était surtout la voix mon moyen d’expression. J’ai appris d’elle cet aspect physique du travail de l’acteur, dit-elle. En outre, nous avons tourné dans la maison où elle a vécu et j’ai vraiment senti un lien affectif avec elle et même, dans un certain sens, un lien spirituel». Un mandarin mal assimilé Presse à scandale et peines de cœur eurent raison de l’actrice du Petit jouet (1933) et de La divine (1934). Mais Maggie Cheung avance une autre explication. Ruan Lingyu parlait mal le mandarin, ce qui ne posait pas problème puisque tous ses films sont muets. Mais la synchronisation sonore, introduite en 1935, se faisait en mandarin. «Elle s’est peut-être rendue compte que sa carrière touchait à sa fin et c’est l’une des nombreuses choses qui ont pu la pousser à mettre fin à ses jours», observe-t-elle. «Elle savait que son mandarin ne serait jamais parfait ou alors qu’il lui faudrait des années de pratique. Moi-même, je ne parle pas parfaitement le mandarin et en cela aussi je me suis sentie proche d’elle», poursuit-elle. «Nous avons imaginé que cela aurait pu être aussi un motif de son suicide car elle était très préoccupée par sa carrière. Toutefois, Stanley ne voulait pas insister là-dessus car cela ne correspondait pas à des faits avérés». Maggie Cheung est l’une de ces quelques actrices asiatiques qui percent au-delà des frontières de leur région, à l’exemple de Gong Li, de Michelle Yeoh, de Vivian Wu. Mais elle se veut modeste. «Je ne pense pas réellement à ça parce que ce n’est pas arrivé d’un seul coup; ce fut lent et progressif», dit-elle pour son compte. «Ce qui m’importe vraiment, ce sont les raisons pour lesquelles on m’apprécie et, en outre, je peux profiter de ma célébrité pour faire connaître un peu mieux le cinéma de Hong Kong et, ceux qui le font». Cheung a tourné cette année Beijing Summer, de Wong Kar Wai. Elle entamera en janvier le prochain film de Hou Hsiao Sien.
La Chine aussi eut son Hollywood et ses stars dans les années 30. La première fut Ruan Lingyu – la «Garbo chinoise» – et, pour en restituer le portrait, le réalisateur chinois Stanley Kwan choisit voici sept ans Maggie Cheung. «Center Stage» vient de sortir et pour expliquer ce décalage, le Studio Canal Plus, distributeur du film, évoque «des problèmes administratifs et techniques». «La société productrice a vendu à une autre société qui a mis le film en sommeil et il a fallu deux ans et demi pour avoir une copie présentable», explique-t-on. «Mais on avait lancé le processus d’acquisition au moment où elle (Maggie Cheung) a fait “Irma Vep”, voire un peu auparavant». Ex-mannequin, Maggie Cheung a déjà une belle carrière asiatique derrière elle lorsque Olivier Assayas lui donne le rôle principal...