Le Premier ministre russe, Evgueni Primakov, qui s’est rendu mardi à Belgrade, va mettre ses talents de diplomate formé à l’école soviétique au service d’un règlement de la crise yougoslave. Un succès de la diplomatie russe lors de cette mission renforcerait encore l’image de présidentiable du Premier ministre, qui n’a cessé de monter en puissance depuis qu’il a été nommé en septembre dernier à la tête du gouvernement. À la grande irritation du président Boris Eltsine, qui demeure jaloux de ses prérogatives malgré sa santé défaillante. Le gouvernement a d’ailleurs pris bien soin de préciser que M. Primakov, 69 ans, effectuera ce voyage sur instruction du président. Ce n’est pas la première fois que le Premier ministre russe tente de jouer les «faiseurs de paix». En novembre 1997, lors d’une enième crise avec Bagdad, alors qu’il était chef de la diplomatie, les efforts de médiation russes avaient été couronnés de succès, permettant un retour en Irak des inspecteurs en désarmement de l’Onu. Très bon connaisseur du Proche-Orient, cet arabisant avait également joué un rôle d’émissaire auprès du président Saddam Hussein à l’époque du président soviétique Mikhaïl Gorbatchev. Sans cependant réussir à empêcher la guerre du Golfe. Il suit également depuis plusieurs années le dossier yougoslave et a régulièrement envoyé des émissaires à Belgrade lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères. Celui qui avait été surnommé à l’époque le «Monsieur Golfe» du Kremlin est connu pour sa prudence. «Je ne pense pas que Primakov se rendrait à Belgrade sans garanties» de la part de l’Otan comme de la part des Serbes, commente Nikolaï Petrov de l’antenne moscovite de la fondation privée Carnegie (analyses politiques). Déjà, le Premier ministre avait préféré annuler mardi dernier un voyage aux États-Unis, faisant demi-tour au-dessus de l’Atlantique plutôt que de se trouver à Washington au moment des frappes. Depuis le début de la crise sur la Yougoslavie, M. Primakov s’était montré plutôt discret, à l’exception de cette annulation, laissant Boris Eltsine et le ministre des Affaires étrangères Igor Ivanov exprimer l’indignation de la Russie face à la guerre en Yougoslavie. Sa nomination au poste de Premier ministre avait rassuré l’Occident alors que la Russie était plongée dans une grave crise financière et elle a permis de restaurer une certaine stabilité politique. Comme ministre des Affaires étrangères, il s’est efforcé de faire entendre la voix de la Russie. L’arrivée de ce responsable dénué de charisme au poste de ministre des Affaires étrangères avait jeté un froid dans les chancelleries, mais il avait finalement réussi à établir de bonnes relations avec ses collègues étrangers. Avant de prendre la diplomatie russe en mains, M. Primakov, un homme de petite taille au physique massif, a dirigé pendant environ quatre ans, à partir de fin 1991, les services russes de renseignements extérieurs. Ancien membre du Comité central du PCUS, M. Primakov a entamé sa carrière dans le sérail en 1956 lorsqu’il a été nommé directeur adjoint du Comité d’État de la radio et de télévision, l’instance gouvernementale chargée de la propagande. Protégé de Mikhaïl Gorbatchev, Evgueni Primakov fait partie de son conseil présidentiel de 1990 à 1991, avant d’être nommé, juste après le putsch avorté d’août 1991, directeur adjoint du 1er département du KGB, chargé des renseignements extérieurs (en septembre 1991), dont il prendra la direction un mois plus tard. M. Primakov, qui est né à Kiev en octobre 1929, est le père d’une fille et grand-père.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le Premier ministre russe, Evgueni Primakov, qui s’est rendu mardi à Belgrade, va mettre ses talents de diplomate formé à l’école soviétique au service d’un règlement de la crise yougoslave. Un succès de la diplomatie russe lors de cette mission renforcerait encore l’image de présidentiable du Premier ministre, qui n’a cessé de monter en puissance depuis qu’il a été nommé en septembre dernier à la tête du gouvernement. À la grande irritation du président Boris Eltsine, qui demeure jaloux de ses prérogatives malgré sa santé défaillante. Le gouvernement a d’ailleurs pris bien soin de préciser que M. Primakov, 69 ans, effectuera ce voyage sur instruction du président. Ce n’est pas la première fois que le Premier ministre russe tente de jouer les «faiseurs de paix». En novembre 1997, lors d’une...