Les quelque 2,5 millions d’habitants de Belgrade ont vécu sans céder à la panique les premiers bombardements de l’Otan, qui ont touché des cibles militaires dans les environs immédiats de la capitale yougoslave. Lorsque les sirènes ont annoncé le danger imminent de raids aériens, la population a réagi diversement dans les rues. Des passants se sont mis à courir, d’autres ont continué à marcher tranquillement, tandis que des voitures ont accéléré leur allure. Dans les immeubles, certains locataires ont suivi les consignes : « Si vous entendez les sirènes, nous vous prions de vous rendre calmement dans vos abris », avaient répété les radios tout au long de la journée. Les autorités municipales avaient prévenu qu’il n’y aurait pas de tests d’alerte aérienne et que le premier hululement de sirène annoncerait un « danger réel » de bombardements. Peu de Belgradois sont descendus dans les caves ou ont gagné les abris les plus proches, où ils ont attendu la fin de l’alerte, sonnée peu avant minuit (23h00 GMT). Une deuxième alerte d’une minute, à 00h37 (23h37 GMT), a encore moins sensibilisé la population. Peu après, l’éclairage public a été éteint dans le centre-ville, presque déserte, et la population a été invitée à en faire autant. Jamais les Belgradois n’avaient été autant à l’écoute des radios. Celles-ci diffusaient de fréquents bulletins d’informations sur les conséquences des bombardements entrecoupés par des chants patriotiques mais aussi de la musique légère. À l’aéroport militaire de Batajnica, à 15 km au nord de Belgrade, trois foyers d’incendie étaient visibles quelques heures après les raids aériens. Dans le quartier du bourg de Batajnica à l’architecture austro-hongroise, situé à 2 kilomètres environ des hangars de l’aéroport, des explosions sourdes étaient entendues tandis que des éclairs déchiraient le ciel. Les deux accès à la route longeant partiellement une piste de l’aéroport étaient bloqués par la police. Les habitants de Batajnica, dont de nombreux Serbes réfugiés de Croatie, étaient terrés dans les caves le temps du passage des avions de l’Otan. Une fois les détonations passées, les plus téméraires sont sortis dans la rue où, par petits groupes, ils échangeaient leurs impressions après cette expérience sans précédent en Serbie depuis la Deuxième Guerre mondiale. « Nous avons entendu des avions et des détonations, c’est tout », a dit Jelena. Ses deux filles, 9 et 6 ans, sautillant autour d’elle, ne réagissaient pas aux explosions sourdes qui parvenaient de l’aéroport. Elle s’est dit plus ou moins rassurée par « une déclaration du président américain Clinton », selon laquelle il n’y aurait plus de frappes pendant les prochaines 24 heures. D’où tenait-elle cette information? « C’est ce que disent les gens ici». La tension qui s’est installée dans la population, alimentée par la proclamation de l’état de guerre faite à la télévision par le Premier ministre yougoslave Momir Bulatovic, a donné libre cours des rumeurs invérifiables. L’une de ces rumeurs disait que le système d’approvisionnement de Belgrade en eau avait été touché par des projectiles de l’Otan.
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