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Actualités - Reportages

(SPECIAL) Profession libérale ou industrie financière institutionnalisée ?

L’un des principaux handicaps de l’assurance au Liban est lié aux structures de gestion et d’exploitation de la majorité des compagnies libanaises. C’est pourquoi, un grand nombre d’analystes estiment que même si les pouvoirs publics modernisent les lois et règlements de la profession, celle-ci ne sera pas nécessairement assainie. Les insuffisances et les blocages de l’exploitation sont multiples et regroupent aussi bien les méthodes de gestion, les ressources humaines ou la taille des entreprises, en passant par leur capitalisation, les circuits de distribution ou la transparence et l’éthique professionnelle. Ressources humaines: qualification insuffisante Directement ou indirectement, le secteur des assurances emploierait entre 3500 et 4000 personnes, soit moins de 0,4% de la main-d’œuvre active du pays. Cette population présente deux caractéristiques principales: un fort degré de féminisation et une forte proportion d’universitaires. Par rapport à certains secteurs de l’économie, les caractéristiques qualificatives des ressources humaines de l’assurance peuvent paraître plus que correctes. Mais dans les faits, les observateurs externes jugent que l’insuffisance d’une main-d’œuvre hautement qualifiée reste l’un des principaux points noirs du secteur. Le très fort degré de sophistication atteint par l’industrie moderne de l’assurance exige un personnel technique très qualifié dont le savoir doit être régulièrement mis à jour. Du droit aux statistiques en passant par la vente et les finances, l’assurance suppose des connaissances de pointe multiples et un personnel hautement spécialisé. Malheureusement, ceci n’est souvent pas le cas dans la majorité des compagnies d’assurances. Seules quelques grandes compagnies disposent d’actuaires maison. Or pour un bon calcul des risques, une compagnie ne peut éviter les frais d’actuariat. Certaines font appel à des actuaires externes, plusieurs comptent sur leurs réassureurs alors que d’autres se contentent du «bon sens» ou de l’appréciation et de l’expérience du dirigeant de l’entreprise. Les exigences de la loi, et surtout leurs applications, sont peu contraignantes, notamment pour les branches non-vie. L’industrie de l’assurance exige une grande technicité qui n’est que partiellement assurée par le système éducatif libanais. Malgré une implication directe des instances représentatives de la profession dans l’enseignement spécialisé y relatif, les formations disponibles restent d’un niveau relativement moyen. Une section pour l’obtention d’un diplôme d’actuaire a été créée à l’Université Notre Dame de Louaïzé, mais cette formation ne semble pas trop séduire les étudiants libanais. Au total, il existe 18 actuaires dans le Machrek arabe: 6 au Liban, 5 en Égypte, 3 au Koweït, 3 à Bahreïn, 1 aux Émirats arabes unis et 1 en Syrie. En Israël, la Israeli Actuarial Association compte 110 membres entre actuaires actifs et étudiants. Transparence et rationalité La confusion des chiffres dans le secteur des assurances a pour origine une exploitation confuse et opaque de la part de la majorité des opérateurs dans ce domaine. Bien sûr, le secteur ne détient pas un monopole en la matière, et à l’exception du secteur bancaire, soumis à un strict contrôle de la part de la Banque du Liban, rares sont les entreprises libanaises tentées par la transparence. Plusieurs facteurs expliquent cette opacité. En premier lieu, on citera une tradition de fuite devant l’impôt, surtout qu’en cas de contrôle fiscal les services du Trésor estimeront que l’employeur contrôlé a nécessairement fraudé et un redressement fiscal est automatiquement imposé. Pots-de-vin et trafic d’influence détermineront finalement les sommes à reverser au Trésor. Même scénario pour les charges sociales. Deuxième facteur: le caractère individuel et familial des entreprises libanaises, où gérant et propriétaire sont confondus. Pas besoin donc d’une publication précise des résultats. Troisième facteur, une conservation jalouse du secret professionnel. Ce caractère est exacerbé dans le cas du secteur des assurances où la concurrence est très acharnée et s’effectue principalement au niveau des primes. Autre caractère particulier à l’assurance: un contrôle public inutilement contraignant, exigeant le maintien des réserves en liquide d’une partie des contrats souscrits. Le calcul de cette marge de solvabilité est peu souple pour l’assureur et ne préserve pas les intérêts des souscripteurs. Aux termes de la loi en vigueur au Liban, les compagnies d’assurances sont tenues de bloquer leurs réserves au profit du ministère de l’Économie. Le minimum des réserves pour contrats conclus et en cours, relatifs aux opérations d’assurances aux branches IARD (incendie, accident, risques divers), ne peut être inférieur à 40% des primes payées et à percevoir, et à 25% des primes payées et à percevoir pour la branche maritime. Insuffisance des réserves La principale fragilité des compagnies d’assurances libanaises tient à l’insuffisance de leurs réserves et à leur sous-capitalisation. Les provisions sont des sommes d’argent mises en réserve et destinées à couvrir les dettes de l’assureur résultant de ses obligations contractées vis-à-vis des assurés. Elles peuvent être de plusieurs natures: l les provisions pour risques en cours destinées à couvrir les risques et les frais générés par chacun des contrats à primes payables d’avance. l les réserves ou provisions pour sinistres à payer destinées à couvrir les sinistres survenus mais qui n’ont pas encore été payés. l les réserves techniques, appelées «réserves mathématiques», pour les contrats d’assurance vie et qui sont supposées être égales aux prévisions des engagements qui pourraient en découler. l la réserve des parts aux bénéfices dus aux assurés ou aux adhérents et non encore distribués. Des minimas de réserves sont fixés par la loi, mais les transgressions sont très faciles surtout en l’absence de contrôles stricts et réguliers. En fait, le principal danger pour l’assurance libanaise résulterait surtout de l’insuffisance des primes exigées de l’assuré. En effet, l’assureur libanais s’engage souvent à fournir des prestations, notamment celles à long terme, qui pourraient difficilement être couvertes par la prime exigée. Même si la totalité de cette prime est conservée en réserves, l’assureur pourra difficilement tenir ses promesses vis-à-vis de ses assurés. Généralement, la couverture réelle sera nettement en-deçà des services promis au moment de la souscription. Les réserves des assureurs libanais revêtent souvent un caractère de court terme alors que leurs engagements sont nettement plus longs. Ce «mismatching» ne sera certainement pas compensé par des capitaux propres jugés trop insuffisants. Cette exploitation peu rationnelle ne permet pas aux assureurs libanais la recherche de synergies nouvelles, en s’associant à des partenaires externes. Réassureurs ou éventuels investisseurs, notamment étrangers, restent très méfiants et exigent une exploitation nettement mieux structurée. Or l’assurance libanaise, à l’image d’un grand nombre de secteurs, ne peut être rentable sans appuis externes, régionaux et internationaux, dans la mesure où la taille constitue un atout nécessaire de réussite. Il est bien évident que toutes les compagnies libanaises ne peuvent être logées à la même enseigne. Mais c’est l’image de l’ensemble du secteur qui reste peu reluisante. Les dégâts sont d’autant plus importants que le marché n’a pas tenu toutes ses promesses et l’euphorie suscitée au début des années 90 cède la place à une profonde déception. Difficile dans ce cas de réconforter les souscripteurs qui, d’ailleurs, s’attendent à ne pas avoir la couverture promise. D’où la recherche systématique d’une prime plus faible. Et le cercle vicieux reste entretenu.
L’un des principaux handicaps de l’assurance au Liban est lié aux structures de gestion et d’exploitation de la majorité des compagnies libanaises. C’est pourquoi, un grand nombre d’analystes estiment que même si les pouvoirs publics modernisent les lois et règlements de la profession, celle-ci ne sera pas nécessairement assainie. Les insuffisances et les blocages de l’exploitation sont multiples et regroupent aussi bien les méthodes de gestion, les ressources humaines ou la taille des entreprises, en passant par leur capitalisation, les circuits de distribution ou la transparence et l’éthique professionnelle. Ressources humaines: qualification insuffisante Directement ou indirectement, le secteur des assurances emploierait entre 3500 et 4000 personnes, soit moins de 0,4% de la main-d’œuvre active du pays....