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Actualités - Chronologie

Système D - Débouchés garantis en Russie Ragondins anticrise

Contraints par la crise à abandonner leur métier d’ingénieur ou à vivre avec une retraite de misère, quelques Moscovites se sont lancés dans une activité aux débouchés garantis par le rude climat russe : l’élevage de ragondins, sur leur balcon ou à leur datcha, pour la fourrure. Vladimir, un ancien ingénieur, élève depuis huit ans ces gros rats d’eau à la fourrure grossière mais prisée en Russie pour en faire des chapkas. «Avec les réformes libérales du début de la décennie, mon salaire était tombé à l’équivalent de 10 dollars. Ma femme est infirmière, comment voulez-vous survivre autrement?», explique t-il. Se promenant un jour sur le marché aux oiseaux de Moscou où se vendent les animaux les plus divers, Vladimir a d’abord acheté un ragondin pour sa fille, comme on prendrait un chaton ou un chiot. Quand l’animal a grandi, il a fallu l’installer sur le balcon. Puis la famille a déménagé à la datcha – petite maison de campagne aux environs de Moscou – et a acheté deux autres animaux. Bientôt, les ragondins se sont reproduits, et l’idée est née de se consacrer à leur élevage. Vladimir ne recevait alors plus aucun salaire. «Ils (les ragondins) ne sont pas difficiles, ils se contentent d’herbe et de foin. Tout n’a pas été aussi simple que je me le représentais, mais je me suis pris au jeu», explique Vladimir. Sa famille élève aujourd’hui sur son petit terrain couvert de cages et d’enclos près de 250 animaux. «Ma femme a quitté elle aussi son emploi pour m’aider», précise-t-il. La vente des ragondins, le seul revenu de la famille, rapporte chaque mois environ 500 dollars, un gros salaire pour la Russie. «Si nous étions restés ingénieur et infirmière, nous gagnerions à nous deux 100 dollars au maximum», estime Alina, la femme de Vladimir. Entre lapin et poulet Les bêtes sont vendues aux 70 gros ateliers de tannage et de confection de fourrure de la capitale russe, de 20 à 40 dollars par animal. Un atelier peut à lui seul utiliser jusqu’à 1 000 peaux durant la saison d’hiver pour en faire des chapkas, selon Elena Katchalova, la directrice d’une de ces entreprises. «J’ai des animaux de toutes les teintes, du noir au beige clair», explique pour sa part fièrement Alexandre Nikititch, un retraité de 60 ans, en sortant d’un sac en le tirant par la queue l’un de ses ragondins. «Regardez comme sa fourrure brille au soleil, je leur donne des carottes, pour les vitamines». Sa retraite ne dépasse pas les 350 roubles (15 dollars), et Alexandre ne voit pas d’autre solution pour survivre. «Ils sont tout pour moi. Je me lève à 6 heures du matin et me couche après minuit, et tout mon lopin de terre à la campagne est couvert de cages et d’enclos», raconte-t-il. Alexandre Nikititch a une centaine de ragondins adultes et un nombre indéterminé de petits. S’il était moins âgé, regrette-t-il, il en élèverait beaucoup plus, mais depuis le décès de sa femme il n’en a plus la force. La crise et l’inflation aidant, qui rendent hors de prix les produits vendus sur les marchés, de plus en plus d’éleveurs vont jusqu’à consommer la viande, inutilisée, de leurs animaux. «C’est une viande délicieuse, quelque chose entre lapin et poulet», estime Evgueni Lapikov, 52 ans. «C’est particulièrement bon au four, avec des carottes et des pommes de terre. Un délice». Sa femme, Tatiana Mikhaïlovna, n’est pas de cet avis, et refuse d’y goûter. «Ce sont quand même des rats, et je ne peux pas manger du rat !», dit-elle. Au marché aux oiseaux de Moscou, où toutes les affaires de ragondins se font et se défont, chaque jour démarre par un premier achat de futurs élevages. Andreï, un Moscovite de 31 ans, veut y acheter un petit ragondin pour l’élever sur son balcon. «Ce sera d’abord un animal de compagnie pour mon enfant, et puis quand il grandira, nous en ferons une chapka. Par notre climat, il n’y a rien de mieux qu’une bonne fourrure bien chaude».
Contraints par la crise à abandonner leur métier d’ingénieur ou à vivre avec une retraite de misère, quelques Moscovites se sont lancés dans une activité aux débouchés garantis par le rude climat russe : l’élevage de ragondins, sur leur balcon ou à leur datcha, pour la fourrure. Vladimir, un ancien ingénieur, élève depuis huit ans ces gros rats d’eau à la fourrure grossière mais prisée en Russie pour en faire des chapkas. «Avec les réformes libérales du début de la décennie, mon salaire était tombé à l’équivalent de 10 dollars. Ma femme est infirmière, comment voulez-vous survivre autrement?», explique t-il. Se promenant un jour sur le marché aux oiseaux de Moscou où se vendent les animaux les plus divers, Vladimir a d’abord acheté un ragondin pour sa fille, comme on prendrait un chaton ou un...