Deux victoires très convaincantes contre le Pays de Galles (33-20) et l’Irlande samedi (30-13), une courte défaite contre l’Angleterre (24-21), l’Écosse peut vraiment commencer à rêver de remporter le Tournoi des cinq nations, dans moins de trois semaines. Plus que les résultats, c’est en effet la manière de ces Kiwis en kilt, dignes ambassadeurs du rugby de l’hémisphère sud, qui fait rêver, sous la houlette de Gregor Townsend, l’ouvreur de Brive, extraordinaire samedi, de l’arrière Glenn Metcalfe et des frères John et Martin Leslie, pétris de rugby néo-zélandais. Cela donne un cocktail détonant de courses folles, plein champ, de passes ultra-précises à 200 à l’heure, et de grands mouvements collectifs comme celui qui, samedi après-midi à Murrayfield, a permis au deuxième ligne Stuart Grimes d’aplatir, en bout de course, l’un des plus beaux essais depuis le début de ce Tournoi 1999. Du coup, la meilleure attaque du Tournoi tourne à 28 points de moyenne, avec au minimum trois essais par match. Si l’on ajoute les 30 points contre l’Italie (30-12) au début du mois, et les 170 points marqués au cours de deux promenades de santé contre l’Espagne (85-3) et le Portugal (85-11) à l’automne, cela fait quand même 284 points en six matches, de quoi bien roder les mouvements offensifs. Les bookmakers se frottent les mains La défense n’est pas mal non plus, car elle n’a encaissé que 11 points de plus que la défense anglaise, louée pour sa solidité. Un bon exemple en a été donné samedi, en fin de première période, quand des Irlandais très déterminés sont venus buter irrémédiablement, pendant cinq minutes, sur un pack écossais intraitable. La seule petite faiblesse, ce sont les capacités de buteur de Kenny Logan, qui n’est visiblement pas du calibre du Gallois Neil Jenkins ou du jeune Anglais Jonny Wilkinson. Mais comme ses partenaires ont vraiment l’esprit d’équipe et marquent le plus d’essais possibles, les situations de stress intense sont limitées et Logan arrive à passer un coup de pied sur deux. Pour que le rêve écossais de remporter le Tournoi, pour la première fois depuis 1990, devienne réalité, il faudra donc gagner à Paris le 10 avril, contre des Bleus à la dérive, et que les Gallois, en plein renouveau, s’offrent le luxe de battre les Anglais, le lendemain à Wembley. Les bookmakers se frottent les mains... Les Tricolores subissent la loi des Anglais Une période de regrets s’est ouverte, à Twickenham, pour un XV de France valeureux mais encore trop maladroit pour nourrir légitimement des ambitions sur la Coupe du monde. La défaite française (21-10) dans le temple du rugby anglais a imposé un constat cruel: le niveau de jeu des Tricolores s’est affaibli depuis un an et une reprise en main est urgente s’ils ne veulent pas que leur automne ressemble à leur printemps. La défaite humiliante concédée il y a 15 jours face à des Gallois sous-estimés, a bien produit une réaction et a amené un peu de rigueur dans la défense française. Mais, hormis des sursauts erratiques, illustrés par le seul essai du match signé Franck Comba, dans les arrêts de jeu, les Français ont été incapables de prendre toute la mesure des Anglais. «Nous avons perdu trop de ballons», a expliqué le coach Jean-Claude Skrela. «Nous n’avons pas pu, au travers de l’intensité de la rencontre, trouver le moyen d’inverser la dynamique du jeu qui a été anglaise». «Nous avons été contraints à trop d’acharnement pour simplement récupérer les ballons», a souligné le capitaine Raphaêl Ibanez. «Et nous avons toujours ce problème pour passer de la défense à l’attaque». Ce travers, aperçu contre l’Irlande dans le premier match du Tournoi, s’était révélé de manière évidente lors de la défaite face au Pays de Galles. Le jeu français, autrefois inspiré et délié, est désormais stéréotypé et le plus souvent emprunté. En plusieurs occasions, les Français ouvrirent des brèches dans le rideau défensif anglais mais soit par maladresse, soit par manque de soutien, soit par rigueur des coéquipiers de Lawrence Dallaglio, jamais ces tentatives ne furent réellement décisives. À l’exception de l’essai de Comba, inscrit simplement pour l’honneur, le XV de France s’est heurté à une opposition contre laquelle il ne pouvait rien. Sans faute de Wilkinson «Notre défense a été formidable», a souligné le coach anglais Clive Woodward. «Nos avants ont joué comme si leur vie dépendait de la possession du terrain». «Nous voulions entamer ce Tournoi avec une équipe bien en place et je pense que c’est ce que nous avons», a-t-il poursuivi. Les Anglais ont mis fin à quatre années sans victoire face à leur plus fidèle ennemi de l’hémisphère Nord et ce succès rehausse encore le prestige de leur victoire. Même si leur succès a tenu à la botte d’un seul homme, le jeune prodige John Wilkinson, auteur d’un sans-faute (sept pénalités sur sept), le XV à la Rose est apparu conquérant. Sa victoire (la première d’un pays du Nord depuis 1995) sur les champions du monde sud-africains au mois de décembre dernier a trouvé une nouvelle justification à Twickenham. Ils peuvent maintenant rêver d’un Grand Chelem après lequel ils courent depuis quatre saisons, lors de la venue des Gallois à Wembley. «Notre jeu ne cesse de s’améliorer», a rappelé Woodward. «Et je crois que pour la première fois nous avons une équipe comme nous la voulions». Les Anglais ont surtout trouvé un centre de classe internationale en la personne du tout jeune Wilkinson. Héros de la journée, le joueur des Newcastle Falcons a égalé le record de son «mentor» Rob Andrew en inscrivant sept pénalités dans un seul match du Tournoi. «Il est réellement très fort en défense. Il est bon dans le jeu à la main», a déclaré Woodward. «Et je crois qu’il va être maintenant très difficile à déloger de sa position de centre». La nouvelle coqueluche du public anglais pourrait devenir l’une des révélations de la Coupe du monde, du moins c’est ce qu’espère secrètement Woodward. Pour les Français, une profonde remise en question est nécessaire. Les doubles champions d’Europe avaient fait du Tournoi leur terrain de manoeuvres avant le Mondial, ils ne songent désormais qu’à en finir au plus vite pour tourner une page. La préparation risque d’être longue et pénible, même si les nombreuses blessures expliquent largement les récents résultats tricolores. Le XV de France, finaliste de la Coupe du monde en 1987, demi-finaliste en 1995, espère conquérir le trophée suprême, peut-être n’est-il jamais apparu aussi loin de cet objectif. Blessures Enregistrant sa 2e défaite d’affilée après l’humiliant 34-33 contre Galles et sa 41e défaite face aux sujets de Sa Très Gracieuse Majesté, le XV de France est désormais envahi par le doute. Peut-il raisonnablement ambitionner de s’approprier la 4e Coupe du monde à l’automne prochain? Les responsables français peuvent heureusement avancer l’infortune ponctuelle frappant le groupe avec les blessures en cascade dont celles des 3es lignes aile Olivier Magne et Marc Lièvremont ainsi que du rugueux centre Richard Dourthe. Il restera l’ultime match contre l’Ecosse, le 10 avril à Saint-Denis, dans le dernier rendez-vous français de l’Histoire dans le Tournoi, pour timidement redorer un blason grandement terni. Se profilera ensuite une tournée dans l’hémisphère Sud avec, pour point d’orgue, des retrouvailles avec les All Blacks... en mal eux aussi de réhabilitation. Puisse cela ne pas être le début d’un scénario catastrophe!
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Deux victoires très convaincantes contre le Pays de Galles (33-20) et l’Irlande samedi (30-13), une courte défaite contre l’Angleterre (24-21), l’Écosse peut vraiment commencer à rêver de remporter le Tournoi des cinq nations, dans moins de trois semaines. Plus que les résultats, c’est en effet la manière de ces Kiwis en kilt, dignes ambassadeurs du rugby de l’hémisphère sud, qui fait rêver, sous la houlette de Gregor Townsend, l’ouvreur de Brive, extraordinaire samedi, de l’arrière Glenn Metcalfe et des frères John et Martin Leslie, pétris de rugby néo-zélandais. Cela donne un cocktail détonant de courses folles, plein champ, de passes ultra-précises à 200 à l’heure, et de grands mouvements collectifs comme celui qui, samedi après-midi à Murrayfield, a permis au deuxième ligne Stuart Grimes...