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Actualités - Reportages

Archéologie - Frontières terrestres perméables Beaucoup d'antiquaires, mais peu de licences (photos)

Une tornade s’est abattue sur les dépôts des antiquaires. Elle frappe tous ceux qui ont affaire avec les objets archéologiques : des pilleurs clandestins aux commerçants, en passant par les collectionneurs. Tout le monde est pris de panique, et si on pouvait ré-enterrer ces œuvres d’art, ils ne demanderaient pas mieux. Pourtant, la loi de 1932 appliquée au Liban est l’une des meilleures au monde. Elle est claire pour toutes les parties. Tout ce qui est sous terre appartient à l’État car il est considéré comme faisant partie du patrimoine national et de la mémoire collective. Cependant, la propriété privée demeure une réalité, et quand une personne trouve un objet antique dans son jardin, a-t-elle la liberté d’en disposer? Oui, elle peut en proposer la vente, mais en priorité à la Direction générale des antiquités (DGA). Si cette dernière dispose de crédits suffisants ou qu’elle y voit un certain intérêt artistique ou historique, elle s’en porte acquéreur au prix du marché. Au cas où l’arrangement n’aboutit pas, l’objet est alors considéré comme propriété privée sur laquelle son propriétaire dispose d’un droit absolu. L’antiquaire peut se présenter comme un intermédiaire entre le particulier et la DGA. C’est alors lui qui propose le prix et fait la description de l’objet. C’est auprès de lui que la DGA achète l’article en question ; sinon il est de toute manière enregistré. Le marché durant la guerre Le trafic s’est énormément développé au Liban durant la guerre. L’absence d’autorité étatique n’a pas servi la cause des antiquités. Terre riche en patrimoine historique et archéologique, le Liban a vu le marché plus que jamais dominé par les collectionneurs, qui commandaient les objets d’art suivant la date ou le style. Les antiquaires satisfaisaient leur demande. Du coup, leur nombre s’est rapidement accru. Mais la plupart exercent sans licence car aucune autorisation n’a été délivrée durant la guerre. La profession est pourtant légale depuis 1931 au Liban. Il existe même une Association des antiquaires. Un grand nombre d’entre eux, actifs depuis une dizaine d’années, en font partie, sans pour autant disposer d’une licence. «Nous avons tenté de soumettre notre cas aux quatre gouvernements qui se sont succédé ces dernières années. À chaque fois, on nous a promis d’examiner l’affaire», souligne un membre de l’Association, qui désire garder l’anonymat. Ce ne sont pas seulement les objets ramenés par les paysans du Akkar ou de la Békaa qui ont fait la richesse de ce secteur mais également la vente organisée entre anciens collectionneurs et acheteurs. Les antiquaires affirment qu’ils refusaient les objets volés des sites. Et pour déterminer si un objet antique avait été ou non volé, leur expérience en la matière suffit. Ils sont tenus de par la loi à présenter le cahier d’inventaire à la DGA, indiquant la provenance de chaque objet et l’identité de la personne qui l’a vendu. Comment peuvent-ils certifier l’authenticité d’un objet bâtard ? «Personne n’est à l’abri d’une escroquerie mais l’expérience nous permet de confirmer là l’originalité des objets», note cet antiquaire anonyme. Et les nouveaux clients croient sur parole ces spécialistes auxquels ils s’adressent. La majorité ne possédant aucun certificat, encore moins un reçu d’achat. C’est tout juste si on leur recommande de bien s’occuper de cet objet fragile. Il reste à préciser que certains antiquaires restaurent eux-mêmes les pièces d’art alors que d’autres font appel à des spécialistes experts. L’exportation, un danger public Il est vrai que le pillage des sites archéologiques n’a pas d’âge. Tous les rois inscrivaient des malédictions sur leurs tombes pour essayer de freiner l’élan des chercheurs d’or. Mais il est certain que son essor a débuté au XVIIIe siècle, après les voyages des orientalistes et leur décision de décorer leurs jardins avec les antiquités orientales. Le grand danger est représenté par l’exportation de ces objets. Un acte qui est jugé illégal et susceptible de causer des dommages irrémédiables. Il est rare de réussir à ramener une antiquité à son lieu d’origine. Et rares sont les musées ou les collectionneurs privés qui peuvent se prévaloir d’une telle grandeur d’âme. Durant la guerre, on importait au Liban les objets d’art volés sur les territoires de tous les pays voisins. Ils étaient ensuite acheminés à partir des ports illégaux à destination de l’Europe et des États-Unis suivant le prix proposé et le désir exprimé par l’acheteur éventuel. Quant aux collectionneurs de monnaies, ils n’hésitent pas à payer des sommes faramineuses pour compléter leur collection. S’assurer dès lors que tout se passe sans incidents devient une nécessité. Des réseaux spécialisés s’en occupent. Ils peuvent exporter un colosse de trois mètres et qui pèse des tonnes sans attirer l’attention des services compétents. Heureusement qu’au Liban et depuis le rétablissement de la paix, ce trafic a énormément diminué. Les ports et l’aéroport sont très bien gardés. Mais les frontières terrestres demeurent quelquefois perméables, surtout pour l’exportation clandestine. Le chemin est encore long. Il est surtout dur. Certaines personnes semblent avoir oublié l’importance qu’il y a pour un pays de disposer d’un musée national choisissant d’en créer un chez eux.
Une tornade s’est abattue sur les dépôts des antiquaires. Elle frappe tous ceux qui ont affaire avec les objets archéologiques : des pilleurs clandestins aux commerçants, en passant par les collectionneurs. Tout le monde est pris de panique, et si on pouvait ré-enterrer ces œuvres d’art, ils ne demanderaient pas mieux. Pourtant, la loi de 1932 appliquée au Liban est l’une des meilleures au monde. Elle est claire pour toutes les parties. Tout ce qui est sous terre appartient à l’État car il est considéré comme faisant partie du patrimoine national et de la mémoire collective. Cependant, la propriété privée demeure une réalité, et quand une personne trouve un objet antique dans son jardin, a-t-elle la liberté d’en disposer? Oui, elle peut en proposer la vente, mais en priorité à la Direction générale des...