La démission collective de la commission de Bruxelles a été bien accueillie mardi par la plupart des pays et responsables politiques européens qui demandent que cette crise «salutaire» amène des réformes. Bonn a accepté «avec respect» la décision de la Commission européenne, le ministre des Affaires étrangères, Joschka Fischer, dont le pays exerce la présidence tournante de l’UE, souhaitant, à l’instar d’autres États membres comme la Grèce, que la crise soit rapidement surmontée. À Londres, le gouvernement de Tony Blair a réclamé une «réforme radicale» de la Commission, jugeant que la crise était «une occasion d’ouvrir le débat». Le président français Jacques Chirac a pour sa part souhaité que «les chefs d’État et de gouvernement de l’UE tirent les leçons de cette crise sans précédent». Le Premier ministre Lionel Jospin a pour sa part approuvé cette décision qui, selon lui, «répondait à la situation». Pour Vienne également c’est «une bonne décision à condition que des mesures soient prises qui rétablissent la confiance», selon une déclaration commune du chancelier Viktor Klima et du vice-chancelier Wolfgang Schüssel. La «Commission européenne se devait de démissionner», a lancé le ministre danois des Affaires étrangères, Niels Helveg Petersen. Selon le Premier ministre portugais, Antonio Guterres, cette démission doit faire réfléchir les pays de l’UE pour que ses institutions puissent sortir renforcées contre les «égoïsmes nationaux» et la «balkanisation» du Parlement européen. Le président du Conseil italien Massimo D’Alema a en revanche exprimé la «vive préoccupation» de son gouvernement. La Finlande, prochaine présidente de l’UE, s’inquiète du fait que la crise puisse interrompre le processus d’avalisation de l’Agenda 2000. Le ministre des Affaires européennes, Ole Norrback, a estimé que vu le nombre de dossiers en suspens, il serait préférable que les commissaires démissionnaires continuent d’expédier les affaires courantes jusqu’à la fin de l’année. Madrid «regrette, bien qu’il la respecte, la décision de la Commission» et souhaite qu’elle «reste en place jusqu’à la fin de l’année». Pour le chef du gouvernement, José Maria Aznar, «la situation est franchement mauvaise». «Mais le moins mauvais qui puisse arriver, c’est qu’ils continuent à travailler». En revanche, à Bruxelles, le président du Parlement européen (PE) José Maria Gil-Roblès a demandé la nomination immédiate d’une «nouvelle Commission» qui devra jouir de la confiance du Parlement. «Les commissaires ont remis leur démission, ce n’est pas pour rester 9 mois de plus». Pauline Green (G-B), la présidente du groupe socialiste – le plus puissant du PE – a appelé à «un changement profond de la culture administrative européenne pour établir la confiance dans l’opinion». Les futures «nominations des commissaires européens seront jugées sur la base de leur engagement à réaliser des changements radicaux à cet égard». Wilfried Martens (Belgique), président du groupe PPE (Parti populaire européen, démocrates-chrétiens), a demandé la convocation «urgente» d’un sommet européen extraordinaire. La nouvelle commission devra être «forte, respectée et efficace» et «plus ouverte aux contrôles démocratiques», a dit la présidente du groupe radical, Catherine Lalumière (France), estimant qu’il est «sain que l’abcès soit crevé». Magda Alvoet, présidente du groupe des Verts, a appelé le Conseil des ministres à «agir rapidement et avec sérieux pour renouveler les structures» de l’exécutif européen afin notamment de remédier au «manque de contrôle politique sur l’exécution des programmes». La Hongrie, qui a entamé des négociations pour adhérer à l’UE aux côtés de Chypre, l’Estonie, la Pologne, la République tchèque, la Slovénie, espère que cet incident «ne créera aucun obstacle» dans le processus d’élargissement. À Londres, l’euro, après un net recul dans la nuit, restait en repli à la mi-journée, mais se reprenait progressivement face au dollar. À 12h45 GMT, l’euro s’échangeait à 1,0876 dollar contre 1,0868 dollar dans la matinée et contre 1,0920 dollar lundi. Eugenio Domingo Solans, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), a cependant estimé qu’il n’y avait pas de «craintes de déstabilisation de l’euro».
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