Société - Don Goyo, protège-nous L'homme qui parle aux volcans
le 16 mars 1999 à 00h00
Au pied d’un rocher, devant trois croix alignées, un petit homme, Antonio Analco, prie pour apaiser «Don Goyo», un géant de 5 230 mètres de haut, en fait le volcan Popocatépetl dont le regain d’activité, à 60 km de Mexico, préoccupe les autorités. «Ne nous fait pas de mal, protège nous», répéte Antonio Analco, devant un sorte d’autel installé sommairement à près de 4 000 m d’altitude au pied d’un imposant rocher, fiché à 3 km à peine du cratère. Aidé par une cinquantaine d’habitants du village de Xalitzintla, à une dizaine de km à peine du volcan et par conséquent l’un des plus exposés à sa fureur, Antonio Analco, 50 ans, a disposé les «offrandes». Beaucoup de fruits, mais aussi une soupe de poisson, une bouteille de Tequila surmontée d’un paquet de cigarettes et, plus surprenant encore, un «sombrero» blanc posé à côté d’une chemise bleu et d’un pantalon marron. Cette étonnante cérémonie – mi-païenne, mi-religieuse – correspond à la Saint-Grégoire. Le Popocatépetl, appelé familièrement le «Popo», est également surnommé «Don Goyo», un diminutif de «Don Gregorio». Ce matin-là, «Don Goyo» a craché vers le ciel, à quelques heures d’intervalle, trois épais panaches de fumée marron. Aussitôt, certains spécialistes ont mis en garde contre l’éventualité d’une explosion de grande envergure. Un dieu de la pluie Inactif pendant 67 ans, le colosse s’est «réveillé» le 21 décembre 1994 en projetant des pierres incandescentes, du gaz et de la fumée. Ce regain d’activité devrait se poursuivre au moins jusqu’en 2002, ont pronostiqué des spécialistes. Mais les mises en garde repétées des autorités n’impressionnent pas les habitants de Xalitzintla. Ils sont tous persuadés que le «Popo» ne leur veut aucun mal. Guidés par Antonio Analco, ils bravent sans crainte l’interdiction des autorités de s’approcher à moins de 7 km du cratère. Il est vrai qu’au village, l’autorité d’Antonio est sans égale. Comme l’était son père avant lui, il est ici le «Tiempero» : l’homme qui parle au volcan, celui qui peut prévoir ses réactions et lui demander aussi «de faire pleuvoir pour que les récoltes soient abondantes». Ces croyances, selon des anthropologues, remontent au VIIIe siècle : elles rappellent le culte que les Toltèques vouaient à «Tlaloc», le dieu de la pluie. Quelques minutes après la cérémonie en l’honneur de «Don Goyo», une nouvelle fois le géant projette vers le ciel une impressionnante colonne de fumée. Même si elle atteint 2 km de haut, elle est encore loin du record de 10 km, enregistré le 30 novembre de l’année dernière. Pour Antonio Analco, ce nouveau panache est un signe : le géant est satisfait, explique-t-il. Il a apprécié la cérémonie qui vient de lui être réservée. ««Don Goyo» nous a bien reçu. Cette fois encore je l’ai rencontré et j’ai pu lui parler. Tout va bien : il n’est pas fâché», affirme le «Tiempero». Cette confiance est loin d’être partagée par les scientifiques qui, depuis près d’un an, mesurent à l’aide d’appareils ultrasensibles les moindres frémissements du volcan, filmé en permanence par des caméras vidéo. Ils estiment à une sur dix la probabilité d’une «grande explosion» qui engloutirait sous des torrents de lave et de boue tous les villages accrochés aux flans de «Don Goyo». Xalitzintla serait le premier à disparaître.
Au pied d’un rocher, devant trois croix alignées, un petit homme, Antonio Analco, prie pour apaiser «Don Goyo», un géant de 5 230 mètres de haut, en fait le volcan Popocatépetl dont le regain d’activité, à 60 km de Mexico, préoccupe les autorités. «Ne nous fait pas de mal, protège nous», répéte Antonio Analco, devant un sorte d’autel installé sommairement à près de 4 000 m d’altitude au pied d’un imposant rocher, fiché à 3 km à peine du cratère. Aidé par une cinquantaine d’habitants du village de Xalitzintla, à une dizaine de km à peine du volcan et par conséquent l’un des plus exposés à sa fureur, Antonio Analco, 50 ans, a disposé les «offrandes». Beaucoup de fruits, mais aussi une soupe de poisson, une bouteille de Tequila surmontée d’un paquet de cigarettes et, plus surprenant...
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