La reconstitution du système immunitaire des personnes infectées par le virus VIH offrirait peut-être aux patients un espoir d’arrêter leur traitement après une baisse notable de la charge virale dans le sang. Des recherches présentées à la 6e Conférence sur les rétrovirus, à Chicago, soulignent qu’il faudrait désormais insister sur les moyens de renforcer le système immunitaire des malades et pas seulement sur une diminution de la quantité du virus. En effet, soulige l’équipe du Pr Juliana Lisziewicz, de l’Université Georgetown à Washington, les thérapies actuelles semblent incapables d’éliminer totalement du corps le VIH, même si l’on réussit parfois à le faire baisser à un niveau indétectable. Pour le Pr Rosenberg, de Boston, il s’agit maintenant d’apprendre à «maintenir» le virus à un taux très bas plutôt que de l’éradiquer, en agissant sur le développement du système immunitaire. Le Pr Lisziewicz rapporte le cas d’un homme séropositif âgé d’une trentaine d’années qui a cessé son traitement il y a un an et six mois et qui conserve un taux de virus dans le sang bas et stable. En revanche, de nombreuses études font état d’une reprise de l’infection chez des patients après cessation de la thérapie. Huit séropositifs chez lesquels la charge de VIH avait été ramenée à des niveaux indétectables ont vu leur infection reprendre avec autant de virulence après l’arrêt de leur traitement. Le centre Diamond Aids de New York indique que l’interruption d’une thérapie avait donné des résultats divergents chez différents patients. Un d’entre eux a maintenu pendant 20 mois son taux de virus à un niveau bas de 50 à 500 par millilitre; un autre oscille depuis deux ans entre 2000 et seulement 50, et deux autres ont enregistré une reprise de l’infection à des taux comparables à ceux précédant le traitement. En fait, pour que l’organisme soit capable de lutter seul contre le virus, il faut «un processus continuel portant sur plusieurs années», peut-être 6 à 8 ans, estime le Pr Brigitte Autran, de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris). En effet, l’infection détruit les cellules CD4+ du système immunitaire et empêche la production de nouvelles unités et ce n’est qu’après le début d’un traitement que reprend la lente reconstitution de leurs réserves. Pour que l’organisme soit capable de se défendre, selon le Pr Autran, il faut «obtenir une réduction du virus à long terme» et que le thymus fonctionne bien. Or cet organe, principal site de production des CD4+, s’atrophie à l’âge adulte et le VIH semble inhiber son activité. Pourtant, révèle le Pr Philip Keiser, de l’Université du Texas à Dallas, il paraît que le thymus fournit à nouveau des cellules du système immunitaire dès que la personne séropositive commence une thérapie. Pour le Dr Joseph McCune, de l’Université de Californie à San Francisco, l’augmentation des cellules immunitaires dans le sang après le début d’un traitement peut être due aussi bien à «une moindre destruction des cellules existantes» qu’à «un renforcement de la production de CD4+». En tout état de cause, soulignent les chercheurs, la rapidité et l’efficacité de la reconstitution du système immunitaire dépendent en grande partie du moment du début de la thérapie. Un traitement précoce permettrait la maturation d’une réponse immunitaire efficace.
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