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Actualités - Chronologie

Femmes - Un choix sous contrainte en France Materner ou travailler

«Materner ou travailler» a toujours été en France «un choix sous contrainte», fortement influencé par la politique familiale, indique une étude parue dans «Population», la revue de l’INED (Institut national d’études démographiques). Cette étude de Jacqueline Martin (département d’économie de l’université de Toulouse II) indique que le travail féminin a été «historiquement placé sous influence des choix des pouvoirs publics en matière familiale», et que cette conception a toujours visé à «opposer activité et natalité». Dans l’entre-deux-guerres, rappelle-t-elle, l’activité salariée des mères était «considérée comme un fléau social, cause de dénatalité», et cet esprit a abouti à la création en 1941 de «l’Allocation de salaire unique» (ASU, versée aux mères au foyer). Il s’agissait alors d’encourager «le modèle de famille avec mère au foyer», et de «limiter le processus de salarisation des femmes mariées», indique l’étude, soulignant donc «le rôle essentiel joué par les prestations familiales comme instrument de la politique salariale». Cette «politique incitative de maintien au foyer» se maintient à la Libération. L’ASU est reconduite en 1946, et reste «la pièce maîtresse de la politique familiale d’après-guerre», mais elle cesse, fin 1947, d’être indexée sur les salaires ouvriers pour être indexée sur les prix. L’ASU a un réel effet incitatif au maintien au foyer, puisqu’entre 1947 et 1954 son montant représente «le double» de celui des allocations familiales (pour deux enfants). Pour une mère au foyer, l’ASU permet de «tripler les prestations familiales à la deuxième naissance», indique l’étude. En 1947, «pour trois enfants à charge», une mère au foyer percevant l’ASU touche donc «l’équivalent d’un salaire et demi d’ouvrière», puis «d’un salaire entier en 1950», et «d’un demi-salaire dans les années 60». Opposition historique Mais depuis les années 60, les femmes ont «montré leur double intérêt pour être à la fois actives et mères» : à partir de 1968, l’activité des femmes croît en effet spectaculairement. Cette montée du travail féminin s’explique par le fait qu’elles sont de plus en plus diplômées, mais «l’influence des facteurs institutionnels» ne «peut être négligée», estime l’étude. Car cette époque est aussi celle du déclin des prestations familiales : elles passent de 50 % du salaire d’une ouvrière (en 1954), à 24 % (en 1968), et à 12 % (en 1982). L’ASU passe sous le seuil de 30 % de l’équivalent d’un salaire féminin. En revanche, «pour les mères de trois enfants, les prestations restent économiquement incitatives pour les catégories modestes, représentant de 45 % à 43 % d’un salaire d’ouvrière». Aujourd’hui, «la politique familiale n’est pas parvenue à s’adapter» au niveau de travail féminin, souligne l’étude. Elle note d’ailleurs le «déséquilibre» entre les «moyens mis en oeuvre» pour la garde des enfants de 0 à 3 ans (en 1982, plus d’un sur deux ne trouve pas de mode de garde extérieur), et les mesures adoptées «pour faciliter le retrait d’activité», comme l’allocation parentale d’éducation. L’extension au deuxième enfant de l’allocation parentale d’éducation (APE, compensation d’un arrêt total ou partiel d’activité) a en effet incité 200 000 à 250 000 femmes à quitter le marché du travail depuis juillet 1994, selon l’INSEE. Un demi-million de femmes touchaient l’APE à la mi-1997. L’opposition historique entre natalité et activité est donc «toujours présente», et l’«imbrication des objectifs entre politique familiale et politique de l’emploi» se solde pour les femmes «par des retraits d’activité», conclut l’étude.
«Materner ou travailler» a toujours été en France «un choix sous contrainte», fortement influencé par la politique familiale, indique une étude parue dans «Population», la revue de l’INED (Institut national d’études démographiques). Cette étude de Jacqueline Martin (département d’économie de l’université de Toulouse II) indique que le travail féminin a été «historiquement placé sous influence des choix des pouvoirs publics en matière familiale», et que cette conception a toujours visé à «opposer activité et natalité». Dans l’entre-deux-guerres, rappelle-t-elle, l’activité salariée des mères était «considérée comme un fléau social, cause de dénatalité», et cet esprit a abouti à la création en 1941 de «l’Allocation de salaire unique» (ASU, versée aux mères au foyer). Il...