Après deux mois de guerre, la France considère qu’il faut persévérer dans la stratégie adoptée par l’Otan jusqu’à ce que Belgrade se soumette et mette en application les conditions posées par les pays industrialisés et la Russie. «Nous avons une stratégie, c’est la persévérance. Il faut continuer jusqu’à ce que Belgrade craque», déclare-t-on de source gouvernementale française après deux mois d’opérations militaires exclusivement fondées sur l’intervention aérienne et sans résultat décisif. Le dynamisme diplomatique que la France a manifesté lors de la conférence de Rambouillet sur la paix au Kosovo qu’elle a présidée au début de l’année avec la Grande-Bretagne, apparaît pris de court face à une campagne militaire qui s’éternise contrairement à ce qu’avaient prédit les experts militaires. Le coût mensuel de ces interventions pour le budget français de la Défense est estimé de 250 à 300 millions de francs (38,1 à 53,3 millions d’euros). Dans ce conflit, l’Exécutif français – où cohabitent un président de droite et un Premier ministre de gauche – s’est attaché à montrer une cohésion permettant à la France de parler d’une seule voix et d’afficher une détermination dans l’action au sein de l’Otan. Compte tenu des critiques que la France n’a cessé d’adresser à l’Otan au cours des dernières années à propos du poids des États-Unis jugé trop important dans l’organisation, le fait que les forces françaises engagées contre la Yougoslavie viennent au second rang après les États-Unis – même si c’est loin derrière – témoigne des limites du particularisme français en cas de crise. L’opinion française a suivi les choix de l’Exécutif, approuvant à une large majorité l’engagement militaire de la France. Le dernier sondage publié jeudi par le quotidien Libération indiquait que 69 % de Français approuvent la présence de la France aux côtés de ses 18 alliés, et ceci après deux mois de guerre qui n’ont pas encore fait apparaître de résultats probants. Sur la solution du conflit, l’opinion est plus partagée : 49 % des Français estiment qu’il «faut poursuivre l’intervention militaire tant que les Serbes n’acceptent pas les conditions posées par l’Otan», tandis que 49 % également pensent qu’il «faut cesser les bombardements et engager immédiatement les négociations avec Milosevic». Même si une légère érosion de l’opinion commence à être sensible, «il n’y a de toute façon pas de stratégie de repli, sauf l’abandon, ce qui n’est pas concevable», indique-t-on de source gouvernementale. Le fait que l’intervention contre la Yougoslavie «soit plus longue que prévue ne remet pas en cause sa légitimité, donc il faut persévérer», tant que Belgrade n’aura pas accepté et mis en application les principes du G8 (les sept pays les plus industrialisés et la Russie), ajoute-t-on. Cette volonté de persévérer militairement face à la résistance inattendue manifestée par le pouvoir du président yougoslave, Slobodan Milosevic, s’accompagne d’une observation attentive de toute manifestation d’ouverture de la part de Belgrade, mais pour l’heure Paris estime que les signes en provenance de la Yougoslavie sont insuffisants et restent à confirmer. Depuis jeudi, un projet de résolution sur le Kosovo est entre les mains des gouvernements engagés dans la recherche d’une solution, «mais il comporte beaucoup de passages entre crochets» sur les points essentiels, indique-t-on à Paris. Parmi les divergences de fond qu’Occidentaux et Russes doivent régler, figure la chronologie de la sortie de crise, Paris estimant, contrairement à Moscou, que Belgrade doit d’abord accepter le projet de résolution qui devra ensuite être voté et passer à la phase d’exécution confirmée avant que les bombardements puissent être interrompus.
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