Les signes de contestation du pouvoir de Slobodan Milosevic s’amplifient en Serbie, avec des manifestations contre la guerre et des dénonciations de plus en plus fréquentes d’une politique jugée erronée. Jeudi, des habitants de la ville de Cacak (160 km au sud de Belgrade), très touchée par les raids, ont demandé au président Milosevic d’«arrêter la guerre», dans une lettre citée par l’agence Beta. «En ce moment, vous décidez du sort de nous tous. Nous vous demandons d’arrêter immédiatement la guerre et de prendre vos décisions en fonction des souffrances qu’endurent les peuples de Yougoslavie», ont écrit ces habitants, regroupés dans un «Parlement civique». Ils «prient» M. Milosevic de «faire entrer le pays dans la communauté internationale» car, disent-ils, «le prix que nous avons payé jusqu’ici, l’isolement et la guerre, est trop élevé». Plusieurs manifestations contre la guerre ont eu lieu depuis le début du mois de mai à Cacak, dont le maire Velimir Ilic, membre de l’opposition, est recherché depuis par la police militaire pour avoir rendu Belgrade responsable des raids de l’Otan, selon la télévision monténégrine. Dans deux autres villes, Krusevac et Aleksandrovac (180 et 200 km au sud de Belgrade), des manifestations de parents de soldats enrôlés au Kosovo ont eu lieu en début de semaine, émaillées d’incidents avec la police, selon des sources concordantes. À Krusevac, des parents dont les fils ont été tués dans la province brandissaient des avis de décès. D’autres portaient des pancartes réclamant : «Rendez-nous nos fils, nous ne voulons pas des cercueils !» Le commandement de la garnison de Krusevac a dénoncé le caractère «subversif» de ces protestations, accusant les meneurs de «saper la capacité de défense» du pays et de «coopérer avec l’ennemi». Selon le Pentagone, ces manifestations ont été à l’origine de désertions d’au moins 500 soldats, et peut-être jusqu’à 1 000, appartenant à différentes unités de l’armée déployées au Kosovo. «Nous savons qu’un nombre significatif de soldats, au moins 500, se sont emparés de véhicules et sont partis en convois et ont dû combattre pour se frayer un chemin à travers plusieurs barrages militaires pour rentrer chez eux», a dit le porte-parole du Pentagone, Kenneth Bacon. À Belgrade, le ministère des Affaires étrangères a affirmé jeudi qu’il n’y avait pas eu de désertions dans l’armée yougoslave, contrairement à ce qu’affirme «la machine de propagande occidentale», et que les mouvements observés étaient des retraits opérés par le commandement militaire. Il y a une semaine, le maire de Nis (220 km au sud-est de Belgrade), Zoran Zivkovic, membre du Parti démocratique (opposition), avait déclaré : «Si le patriotisme signifie que nous devons tous être tués au nom d’une idée, nous ne sommes pas d’accord». De son côté, le président du Monténégro Milo Djukanovic a prédit jeudi une «fin lamentable» au régime de Slobodan Milosevic. Il a haussé le ton en accusant l’armée yougoslave de saisir «de l’aide humanitaire, y compris des hôpitaux entiers» destinés au Monténégro. Une fois la paix rétablie, tous ceux qui ont enfreint à la loi et se sont rendus coupables d’«actes violents, criminels et anticonstitutionnels» devront répondre de leurs actes, «qu’il s’agisse de civils ou de militaires», a-t-il averti. À Belgrade, les manifestations de soutien au pouvoir faiblissent. Les concerts anti-Otan organisés dans le centre-ville et les chaînes humaines formées sur les ponts ne rassemblent plus que quelques dizaines de personnes. Pendant les premières semaines de frappes, ces manifestations drainaient des milliers de personnes. Un sondage publié jeudi a montré qu’en Serbie neuf personnes sur dix éprouvent des «souffrances psychiques» en raison des bombardements et que 53 % ont arrêté de travailler ou sont restées sans emploi.
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