Les maisons d’enchères Christie’s et Sotheby’s ont transporté leur rivalité séculaire dans l’espace cybernétique, quitte à risquer leur réputation sur un marché entaché par la fraude. La maison d’enchères britannique Christie’s a annoncé qu’elle commencerait en septembre à vendre des œuvres de moindre valeur, photos, gravures ou livres, et insisté sur les garanties offertes, principal problème auquel est confronté ce nouveau marché. Les plaintes d’acheteurs se disant grugés par des services en ligne ont été multipliées par six entre 1997 et 1998, et deux tiers des plus de 7 750 dossiers concernent des ventes aux enchères, selon la principale association américaine de défense des consommateurs, National Consumers League. Christie’s veut «apporter à ce secteur un niveau de service, d’expertise et d’authentification qui n’est pas disponible à l’heure actuelle», a assuré dans un communiqué son PDG, Christopher Davidge. «Le moyen utilisé par Christie’s pour vendre des œuvres — que ce soit physiquement dans nos salles d’enchères ou via Internet— ne doit pas diminuer le niveau de notre garantie ou le droit de nos clients à la confidentialité», a souligné M. Davidge. Au passage, le PDG de la maison britannique, contrôlée par le groupe français Artémis, a lancé des piques à ses concurrents, au premier rang desquels trône Sotheby’s, estimant que «les récentes initiatives concernant des ventes aux enchères en ligne son essentiellement des pages de petites annonces». « Bric-à-brac » Les responsables de Christie’s à New York minimisaient ces derniers temps l’initiative surprise de Sotheby’s, qui avait annoncé le 19 janvier un investissement de 25 millions de dollars cette année pour développer des enchères en ligne. «C’est un nouveau marché (que) nous prenons très au sérieux», avait alors expliqué au New York Times Diana Brooks, PDG de Sotheby’s, estimant que près de la moitié des 250 000 objets vendus chaque année par la maison américaine pourraient trouver leur place sur la toile. Chez Christie’s, certains évoquaient «de la vente de bric-à-brac», mais la vénérable maison britannique ne pouvait laisser sa rivale à l’image plus «branchée» seule sur un marché dont on ignore l’ampleur. «Environ 750 acheteurs dans le monde font vivre les maisons d’enchères et Internet n’y changera rien», commentait toutefois un marchand d’art sous couvert d’anonymat. Sotheby’s a offert récemment son service en ligne aux marchands d’art, moyennant un contrat d’exclusivité de deux ans. Mille cinq cents marchands ont signé, selon Sotheby’s, «mais cela ne signifie en rien qu’ils confieront de la marchandise», notait ce marchand d’art. Christie’s a choisi l’autre option, en ne proposant que de la marchandise estampillée par ses soins. Selon le cabinet spécialisé Jupiter Communications, 6,5 millions d’Américains utiliseront des services d’enchères en ligne en 2002. N’importe qui peut proposer à la vente n’importe quoi, à n’importe quel prix et l’historique du lot est laissée à la créativité du vendeur. «C’est le Far West», résumait Cleo Manuel, un porte-parole de la National Consumers League. Le principal service en ligne de vente aux enchères, eBay, compte plus de 2 millions d’abonnés, et ce chiffre augmente de 300 000 par mois, selon la compagnie. Introduit à 18 dollars en septembre, le titre était à 338 dollars 1/8 e, début de semaine sur le marché boursier électronique (Nasdaq) de New York, en hausse de 4 dollars 1/8. Le 15 janvier, eBay a annoncé une série de mesures pour combattre la fraude — interdiction pour un vendeur de surenchérir sur ses propres lots, assurance antifraude gratuite pour les acheteurs, pénalité pour les acheteurs qui ne paieraient pas, notamment — mais leur application semble problématique.
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