Pour prévoir les impacts à venir de l’effet de serre, rien de tel qu’une plongée dans le passé : c’est dans ce but qu’a été élaborée la première carte du monde présentant les environnements des deux derniers «extrêmes» climatiques, il y a 18 000 et 8 500 ans. La plupart des experts s’accordent pour estimer que l’effet de serre devrait, en quelques décennies, élever la température globale moyenne de la planète de 1 à 4 degrés Celsius. Il est donc apparu nécessaire de se doter d’un outil cartographique permettant de délimiter la variabilité naturelle des environnements continentaux correspondant à ces différences de température, souligne l’étude parue jeudi dans les comptes-rendus de l’Académie des sciences française. Les chercheurs ont défini les températures moyennes des minima et maxima de la planète, qui s’établissent entre - 4,5 degrés Celsius, lors de la période froide, il y a 18 000 ans et + 2 degrés C, voici 8 500 ans (période chaude). Première «révélation», la modification du paysage terrestre, à seulement 10 000 ans d’intervalle et à peine 6 degrés d’écart de température, est «frappante», notamment en matière d’habitat et de surfaces cultivables. Ces données, qui seront utilisées pour valider les différents modèles actuellement proposés, révèlent aussi que loin d’avoir un effet homogène de réchauffement, une élévation de température de deux degrés par rapport à aujourd’hui a été «favorable aux conditions de vie, dans de vastes régions, et, vraisemblablement, le serait encore de nos jours», relève Nicole Petit-Maire, de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, qui a dirigé ces travaux réalisés par la Commission de la carte géologique du monde. La nouvelle carte, au 1/25 000 000, est l’aboutissement de cinq ans de travail, en liaison avec douze spécialistes français et internationaux du Quaternaire et avec le soutien de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Pour chaque extrême climatique, il y eut des gagnants et des perdants, note Mme Petit-Maire. De même, un réchauffement, où la part des activités humaines semble significative, aboutirait à des situations nouvelles, où il y aurait aussi chanceux et malchanceux. «Les gagnants seraient, entre autres, les pays en marge des déserts, comme le Sahel». La planète n’a jamais connu de stabilité climatique. Aux cycles lents des montées et baisses de température, associées aux cycles astronomiques (activité solaire, variations de l’axe de la terre...), se superposent éruptions volcaniques et dégagements de méthane, dont les effets plus rapides, imprévisibles et intenses, perturbent l’«horloge» climatique du globe. C’est à ces fluctuations naturelles que viennent s’ajouter les conséquences des activités humaines. Au siècle prochain, l’élévation de la température, liée à l’effet de serre, devrait grimper en quelques dizaines d’années jusqu’aux limites supérieures atteintes en plusieurs millénaires quand la terre vivait à son rythme «naturel», souligne Nicole Petit-Maire. Ce changement «pourrait bouleverser la répartition des ressources alimentaires, déséquilibrer une économie déjà fragile, étendre les zones touchées par le paludisme». Les résultats de cette «enquête» dans le passé pourraient aussi conduire, selon Mme Petit-Maire, à examiner les implications géopolitiques de la limitation volontaire des gaz à effet de serre, recherchée par les pays les plus développés, futurs «perdants» du réchauffement.
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