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Actualités - Reportages

Théâtre - Strindberg revu par Assadi Folie au Monnot (photos)

Quand Jawad el-Assadi adapte et met en scène «Mademoiselle Julie» d’August Strindberg , la pièce s’intitule «Jounoun fil establ» (Folie dans l’écurie). L’atmosphère y est glauque, l’humour cinglant, la misogynie latente, la verve amère. Bref, tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce duel entre une jeune aristocrate et son valet une œuvre à la gloire des échecs relationnels, des rencontres ratées. Sur les planches du Monnot jusqu’au 24 mars. La galerie de cinglés de Jawad el-Assadi est de retour. Le metteur en scène irakien prend plus ou moins les mêmes personnages déglingués. Même hystérie. Même conflit entre violence intérieure et violence extérieure. Mais dans Jounoun fil establ, Jawad el-Assadi a concentré le tir. Finis les portraits de groupe (Takassim ala el anbar, les Bonnes, Al- Mastaba) . Voilà un duel à fleuret moucheté entre une fille de comte, Julie (Lama Kassem) et le valet de son père, Jean (Ghassan Massoud). Cela s’appelle un drame. Et c’est violent : en France, une actrice avait intenté un procès à son partenaire de scène, pour voies de fait réelles ! Vous êtes prévenus. Si on reproche au metteur en scène irakien un pessimisme un peu monotone, on doit lui reconnaître en revanche un sens aigu de l’architecture théâtrale. Assadi nous présente des masques d’illusion. Ils sont là, de chair et de sang, pour nous narrer leur histoire. Un voyage initiatique vers la transgression de l’interdit, de plaisirs innocents décrochant les rêves aux cimes ombragées des passions, d’une rencontre à la croisée des chemins. Ils emprunteront des sentiers dépouillés, libèreront des cris rauques chargés de douleur, briseront les carcans acerbes d’une morale trop conformiste, pour brûler leur énergie vitale déjà vacillante. C’est la fête de l’été. Julie est saoulée de musique, d’alcool et de danse. Moulée dans un fourreau noir de femme fatale, elle rit à gorge déployée, flirte ostensiblement avec Jean. Qui se pique au jeu. Elle se rebiffe. Il se vexe. Elle se rapproche du feu. Il la consume. Qui séduit qui ? Qui manipule qui ? L’ on ne sait pas trop. Suivra un rapport de force entre deux êtres qui malgré tout sont victimes d’eux-mêmes. Les personnages parlent avec , au détour d’une phrase, d’une insulte ou d’une confidence, une pointe de dérision qui les sauve peut-être. Le dialogue nous fait rire puis nous arrête brusquement en changeant de ton. Le sérieux montre le bout de son nez puis soudain la folie revient au galop, emportant dans un délire une relation éclatée en mille morceaux. On plaint ce couple incapable d’être heureux. Les acteurs remplissent honnêtement leur contrat. Tour à tour émouvants, pitoyables, drôles, mesquins, terrifiants. Cependant la comédienne, fraîche et jeune, semble, à des moments, manquer d’hystérie diabolique. Peut-être qu’Assadi a sciemment voulu en faire une victime ? La vie, dans son errance, se conjugue avec la mort : cela s’appelle, chez Strindberg, une scène conjugale. Le problème est de savoir avec qui on se conjugue : et si c’était avec soi ?
Quand Jawad el-Assadi adapte et met en scène «Mademoiselle Julie» d’August Strindberg , la pièce s’intitule «Jounoun fil establ» (Folie dans l’écurie). L’atmosphère y est glauque, l’humour cinglant, la misogynie latente, la verve amère. Bref, tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce duel entre une jeune aristocrate et son valet une œuvre à la gloire des échecs relationnels, des rencontres ratées. Sur les planches du Monnot jusqu’au 24 mars. La galerie de cinglés de Jawad el-Assadi est de retour. Le metteur en scène irakien prend plus ou moins les mêmes personnages déglingués. Même hystérie. Même conflit entre violence intérieure et violence extérieure. Mais dans Jounoun fil establ, Jawad el-Assadi a concentré le tir. Finis les portraits de groupe (Takassim ala el anbar, les Bonnes, Al-...