Les Albanais ont bouleversé la donne ce week-end à Rambouillet, près de Paris, et ont désagréablement surpris le secrétaire d’État américain Madeleine Albright en conditionnant leur accord au plan de paix à l’assurance de pouvoir organiser un référendum sur le statut définitif du Kosovo. «Elle est frustrée», a reconnu sous couvert de l’anonymat un haut responsable américain. «Elle a eu le sentiment d’avoir été trahie par les Albanais», a pour sa part commenté un diplomate européen associé aux pourparlers, à l’issue de cette journée riche en rebondissements. Madeleine Albright était convaincue de l’accord de la délégation albanaise au projet de plan de paix négocié à Rambouillet, dans la région parisienne. À sa surprise, le représentant politique de l’Armée de libération du Kosovo (UCK, indépendantiste), Hashim Thaçi, tout comme le «président» modéré Ibrahim Rugova, sont restés sourds à ses admonestations. «Nous voulons la prise en compte de l’expression démocratique du peuple du Kosovo pour la détermination du statut final du Kosovo au terme de la période intermédiaire de trois ans et il nous faut cela par écrit», a déclaré Hashim Thaçi en présentant la position de la délégation albanaise. Cette position est celle de l’ensemble des représentants kosovars. «La délégation albanaise insiste pour un référendum qui conduise à l’indépendance au terme de la période intérimaire de trois ans», a en effet indiqué dimanche, de Pristina, Xhemail Mustapha, porte-parole d’Ibrahim Rugova. Le «oui sous conditions» donné par les Albanais au volet politique et constitutionnel du projet de plan de paix proposé à Rambouillet a contrebalancé le refus opposé par les Serbes au déploiement par l’Otan d’une force militaire pour en assurer la mise en œuvre. Les six membres du Groupe de contact ont donc décidé de donner un nouveau délai aux deux délégations et aux négociateurs pour s’entendre. Ce nouvel ultimatum expire mardi à 15h00 (14h00 GMT). La décision n’a pas été facile à prendre pour Madeleine Albright. Arrivée à Paris précédée par des déclarations martiales et les images des bombardiers B-52 prêts à s’envoler, elle a été contrainte de temporiser. La secrétaire d’État américaine n’a pas désarmé pour autant, même si elle est consciente des critiques formulées aux États-Unis contre ce revers. «C’est de la mauvaise polémique», a commenté son entourage. Elle a décidé de rester en Europe jusqu’à l’expiration du délai pour arracher l’accord des Kosovars et isoler les Serbes afin de les contraindre d’accepter en bloc l’accord — y compris son volet militaire — sous peine de bombardements aériens. Elle est revenue dimanche au château de Rambouillet, seule, pour des entretiens avec la délégation albanaise. Elle a également rencontré, à deux reprises, le président serbe Milan Milutinovic, a-t-on appris de source diplomatique. «C’est la stratégie des Américains depuis le départ», commente un responsable français. Or cette stratégie gène les alliés et irrite les Russes. Si les pays européens du Groupe de contact sont prêts à s’associer aux bombardements punitifs au cas où Belgrade porterait l’entière responsabilité de l’échec des pourparlers de Rambouillet, ils ne sont pas convaincus de leur efficacité. Le président Jacques Chirac, en visite officielle aux États-Unis, a posé la question à Bill Clinton, mais il «n’a pas obtenu de réponse satisfaisante», a-t-on commenté à Paris.
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