Une minuscule bactérie, tapie dans les entrailles, vient d’être reconnue coupable de grands ravages. Identifiée comme principale responsable de 95% des cas d’ulcère gastro-duodénal, elle est soupçonnée d’être également associée à certaines atteintes des artères coronaires. Par ailleurs, selon une étude parue récemment dans la presse médicale, cette même bactérie serait aussi impliquée dans un trouble, assez invalidant et douloureux des extrémités des membres (supérieurs et inférieurs), lié au froid, chez les femmes, le syndrome de Raynaud. Il reste certes encore à prouver cette multiple culpabilité de manière inébranlable. On sait déjà pourtant que 81% des femmes atteintes de ce mal des doigts et des orteils se sont avérées porteuses de la bactérie hélicobacter. Maladie éprouvante retentissant sur le comportement, l’ulcère gastro-duodénal a longtemps torturé plusieurs générations de victimes. Une sensation de faim très pénible, survenant par crampes dans les heures qui suivent la prise de nourriture, sujette à répétitions et atténuée par l’ingestion d’aliments, traduit la présence d’un ulcère gastro-duodénal. Pendant longtemps, on incriminait comme principaux coupables le surmenage, les secousses émotionnelles, l’hyperacidité gastrique et, plus récemment, l’influence du facteur psychique. L’avènement de la fibre optique et de l’endoscopie a permis de constater la présence de cratères sur la muqueuse des personnes atteintes d’ulcère. Un traitement instauré à base de substances antiacides permettait la cicatrisation des ulcérations et le soulagement des malades. Mais les cas de recidive, au bout de 12 à 14 mois dans une proportion de 70%, ainsi que l’installation des crises de manière chronique ont démontré la pugnacité de cette maladie. Le foyer couvait toujours sous la cendre en préparant sournoisement sa prochaine flambée. L’ulcère était loin d’être guéri. Une bactérie tapie dans la muqueuse C’est une équipe scientifique australienne, faisant preuve d’une prodigieuse opiniâtreté, qui a fini par découvrir la véritable cause de l’ulcère. Une bactérie banale, l’hélicobacter pylori, favorisait l’inflammation de la muqueuse qui se creusait jusqu’à former une plaie (un ulcère) tout en se protegeant elle-même de l’acidité ambiante. Il a fallu une longue lutte scientifique pour que les cercles autorisés du monde scientifique admettent le bien-fondé de la découverte australienne. Finalement la théorie, ainsi que la découverte du rôle de la bactérie hélicobacter et son mode d’action furent admis par tous. À quel moment la contamination? Il restait à trouver la reponse à une très importante question: À quel moment de la vie est-on contaminé par cette bactérie et de quelle manière. Aux premiers temps de la vie, informent les spécialistes. C’est au cours de l’enfance que le germe passe d’un enfant à l’autre lors des jeux ou des échanges de jouets. Mais aussi, selon le Pr Raymond Colin, gastro-entérologue et expert en la matière, «du fait de petites régurgitations des nourrissons et des très jeunes enfants». Des études récentes ont démontré que plus du 30% d’une population donnée sont porteurs de cette bactérie, mais seulement une personne sur dix souffrira d’un ulcère. Car d’après les chercheurs, d’autres facteurs entrent aussi en jeu, dont l’association contribue à l’apparition de l’ulcère. Une conduite à suivre Il y a trois ans, un groupe de médecins français, au cours d’une conférence sur l’ulcère gastro-duodénal, avaient élaboré «une conduite à suivre» à l’intention des médecins. Il y était recommandé de faire impérativement pratiquer une fibroscopie gastrique devant toute suspicion d’un ulcère gastrique pour confirmer le diagnostic. Cet examen permettrait de prélever un petite parcelle de la muqueuse pour rechercher la bactérie hélicobacter pylori. Si le prélèvement serait positif, le traitement est simple. Deux antibiotiques (amoxicillin et clarithromycine) en association avec un médicament spécifique agissant contre l’acidité gastrique, administrés durant sept jours, permettraient l’éradication totale du germe dans 97% des cas, éliminant en même temps tout risque de récidive. Pour les cas dont l’ulcère n’est pas lié à la bactérie, les traitements classiques demeurent parfaitement justifiés. Les prévisions des spécialistes, aujourd’hui, sont très optimistes. Ils admettent que l’éradication de la bactérie et une bonne hygiène permettront, du moins dans les pays développés, de voir le nombre des cas diminuer sensiblement d’année en année. Il serait même question de la mise au point d’un vaccin contre la bactérie helicobacter, ce qui permettrait de mettre définitivement l’homme à l’abri d’une maladie pénible et récidivante. Mais comme le démontrent des études récentes, l’hélicobacter pylori n’a pas livré toutes ses facettes. Les chercheurs se doutent que cette bactérie se trouve aussi associée à certaines atteintes des artères coronaires, ces vaisseaux nourriciers du cœur. Des travaux de recherche se poursuivent intensément dans ce sens pour définir le rôle bactérien. Un autre méfait de cette sinistre bactérie serait sa participation à un trouble atteignant, en priorité, les femmes: le syndrome de Raynaud. Il s’agit d’une douloureuse réaction au froid des extrémités des membres, doigts et orteils. Une équipe italienne, dont les recherches sont orientées vers cette direction, a déjà constaté que 81% des femmes souffrant de ce syndrome étaient porteuses de l’hélicobacter pylori. Ces résultats ont paru dans le très sérieux journal scientifique Lancet avec la précision qu’au stade actuel, les chercheurs s’appliquent à cerner le degré de la culpabilité bactérienne. Si son élimination entraîne effectivement la disparition du syndrome, l’éradication de cette néfaste bactérie serait un bienfait pour les victimes présentes et futures des trois affections.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Une minuscule bactérie, tapie dans les entrailles, vient d’être reconnue coupable de grands ravages. Identifiée comme principale responsable de 95% des cas d’ulcère gastro-duodénal, elle est soupçonnée d’être également associée à certaines atteintes des artères coronaires. Par ailleurs, selon une étude parue récemment dans la presse médicale, cette même bactérie serait aussi impliquée dans un trouble, assez invalidant et douloureux des extrémités des membres (supérieurs et inférieurs), lié au froid, chez les femmes, le syndrome de Raynaud. Il reste certes encore à prouver cette multiple culpabilité de manière inébranlable. On sait déjà pourtant que 81% des femmes atteintes de ce mal des doigts et des orteils se sont avérées porteuses de la bactérie hélicobacter. Maladie éprouvante retentissant sur...