Noyés dans l’immense métropole irakienne, quelques milliers de Sabéens, une très ancienne secte aux origines mystérieuses, tentent de préserver leur culture, malgré la désaffection des jeunes et la tentation de l’immigration. Les origines des Sabéens restent obscures, et les spécialistes des religions du Proche-Orient estiment qu’il pourrait s’agir d’une religion préchrétienne qui a survécu en se transformant, ou d’une secte dérivée du christianisme. Les Sabéens, originaires du sud et du sud-ouest de l’Irak, affirment eux que leur religion gnostique est apparue avant le christianisme, et tiennent Jésus-Christ pour un croyant qui a dévié de la religion des origines et du Livre saint, le «guinza» (le «trésor» en araméen). Dimanche, deux sœurs, Roa 18 ans et Randa, 16 ans, épousaient deux frères d’une autre famille sabéenne, Loai et Ayad, dans le seul «Mandi» (sanctuaire) des Sabéens à Bagdad, une bâtisse aux allures d’église. Vêtues d’un long voile blanc, les deux jeunes mariées ont pénétré entièrement dans l’eau froide tirée du Tigre contenue dans une large bathysphère. Auprès d’elle, les prêtres sabéens, pieds nus et barbe fournie, rameau attaché autour de la main et vêtus d’un voile blanc symbole de paix psalmodiaient en araméen. L’eau occupe une place centrale dans le culte des Sabéens, qui vivaient autrefois dans les marais du sud. «C’est l’origine de la vie, la voie vers Dieu, l’eau nous purifie», explique un religieux, Raad 40 ans. Les Sabéens croient en un monde partagé entre les forces obscures des ténèbres, qui ont créé le monde, et celui de la lumière. Ils croient qu’après la mort – en fait un simple transfert pour eux –, l’esprit entame un voyage de 45 jours vers le monde de la lumière, où il accède après avoir répondu à une série de questions. Dans la cour du mandi, les religieux, semblant sortis de la nuit des temps, côtoyaient dimanche de jeunes filles en jeans, lourdement maquillées. «Avant, j’habitais le Sud. Je suis venu à Bagdad il y a 50 ans», explique Saïd, 70 ans, le grand-père des deux mariées, dont l’itinéraire, comme la profession dans la capitale irakienne -négociant en or- est commun à de nombreux Sabéens. «Pour beaucoup il est plus facile de pratiquer ici, et la vie est aussi moins dure», explique-t-il. Sur un mur du mandi une affichette annonce l’ouverture le 1er février d’une nouvelle école. Mais cela masque mal le fait que les jeunes pratiquent de moins en moins. «Ils sont moins portés vers la religion. Ils veulent une vie plus facile», reconnaît Raad. À l’entrée, une photo de 1994 représente les Sabéens, dont la communauté cultive une certaine discrétion, présentant un cadeau à Saddam Hussein. Comme les autres religions, les Sabéens se doivent d’entretenir de bonnes relations avec le maître de l’Irak. Outre le déplacement des populations du sud vers Bagdad, vers d’autres villes du Moyen-Orient, nombre de Sabéens tentent l’exil en Europe, principalement vers les Pays-Bas et la Suède, où ils sont pris en charge par les communautés mandéennes. «Certains pensent qu’il est mieux de vivre au milieu de chrétiens», estime Saïd. Les responsables sabéens avancent un chiffre de 100 000 fidèles encore en Irak, mais les spécialistes estiment que leur nombre ne dépasserait guère les 10 000. Ils pensent aussi que la localisation première des Sabéens dans les grands marais du sud, une zone de refuge, a permis à la communauté de survivre aux siècles. «Nous excluons ceux qui se marient en dehors de la communauté», explique Raad à la fin de la cérémonie de mariage. «Nous voulons préserver notre religion, la protéger. Si un seul homme croit profondément, alors, pour nous, il a plus d’importance qu’un cheikh».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Noyés dans l’immense métropole irakienne, quelques milliers de Sabéens, une très ancienne secte aux origines mystérieuses, tentent de préserver leur culture, malgré la désaffection des jeunes et la tentation de l’immigration. Les origines des Sabéens restent obscures, et les spécialistes des religions du Proche-Orient estiment qu’il pourrait s’agir d’une religion préchrétienne qui a survécu en se transformant, ou d’une secte dérivée du christianisme. Les Sabéens, originaires du sud et du sud-ouest de l’Irak, affirment eux que leur religion gnostique est apparue avant le christianisme, et tiennent Jésus-Christ pour un croyant qui a dévié de la religion des origines et du Livre saint, le «guinza» (le «trésor» en araméen). Dimanche, deux sœurs, Roa 18 ans et Randa, 16 ans, épousaient deux frères...