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Actualités - Chronologie

Rushdie ou la malédiction de la Saint-Valentin

La sentence, officiellement, a été levée en septembre. Mais au dixième anniversaire de la fatwa pour blasphème envers l’islam qui l’a condamné à mort, Salman Rushdie continue de vivre en liberté surveillée, poursuivi par la malédiction de «sa Saint Valentin gâchée». «Quand on m’interroge sur l’incidence de ces dix années de siège sur mon approche littéraire, j’explique d’un ton badin avoir désormais une inclination pour les épilogues heureux», galéjait voici peu l’auteur britannique d’origine indienne, dans une tribune au New York Times. Au-delà de la pirouette, l’écrivain-fugitif demeure hanté par le décret édicté le 14 février 1989 par l’Ayatollah Khomeyni, qui avait voué au bûcher les «Versets sataniques» et mis à prix sa tête. C’est que la récente décision du gouvernement de Téhéran de se désolidariser de la récompense de 2,5 millions de dollars, dans l’espoir de réintégrer le concert des nations, n’a fait qu’éloigner la menace. Sans pour autant l’annihiler. Pour preuve, la controverse suscitée par son projet de voyage en Inde, sa terre natale, première à avoir interdit son ouvrage offrant une relecture satirique des prophéties de Mahomet. Son pays et principale source d’inspiration l’a décrété persona non grata. Salman Rushdie a obtenu un visa, début février, du gouvernement nationaliste hindou. Mais face aux menaces d’émeutes, voire d’exécution de la fatwa, le ministre de l’Information, Mukhtar Abbas Naqvi, s’est ravisé. «Le gouvernement ne fait pas de lui un invité officiel, ni ne l’accueille à bras ouverts… nous pourrions encore revoir notre décision si cela heurte la communauté (musulmane)», a-t-il dit. En précisant que le roman maudit demeurait frappé d’interdit. «On n’arrête pas la longue flèche noire», avait déclaré en son temps le Guide de la République islamique, Ali Khamenei. Salman Rushdie a également tôt fait de réaliser les frontières de sa nouvelle liberté conditionnelle. Certes, le dispositif permanent de protection offert par Scotland Yard a été allégé — voiture blindée et gardes du corps ne sont plus systématiques — «mais il me faut rester prudent», convient celui qui doit toujours s’abstenir d’annoncer ses apparitions publiques. «Une épée fichée dans l’estomac» Rushdie évoque encore au présent la menace «telle une épée fichée dans l’estomac qui ne tue pas forcément, mais fouille la plaie». Il se désole de voir son œuvre jugée à l’aune de «cet incident minable», proclamant urbi et orbi: «Comme écrivain, je ne veux pas qu’on me définisse par ce qui m’est arrivé». Mais convient, à l’instar des romantiques, que «les blessures d’un écrivain sont sa force, que de ses plaies s’écoulent ses rêves les plus doux, et les plus saisissants». Rushdie promet d’écrire encore et encore pour prouver que l’écriture est plus forte que la censure et l’intolérance. Il promet d’autres livres «sans entrave et sans crainte». Il est assuré d’alimenter d’une part la dévotion de ceux qui voient en lui un martyr sur l’autel de la liberté d’expression, et d’autre part, les sarcasmes de ceux qui dénoncent son «cabotinage égocentrique» et le lucratif commerce de son malheur. Il entend publier sous peu le journal de sa décennie à l’ombre de la fatwa pour lequel son éditeur, Random House, envisage des avances sur recettes record. Par ailleurs, au printemps paraîtra «Le sol sous ses pieds» («The Ground Beneath Her Feet»), un roman plongeant dans le monde du rock’n roll, inspiré par le groupe irlandais U2. Au final, le provocateur né peine à convaincre de sa volonté de retour à la normalité. «J’ai un penchant pour l’ironie» concède-t-il avec un éclair de malice dans ses yeux en demi-lune. Son sens de l’humour échappait voici peu à une porte-parole de l’opposition conservatrice britannique, offusquée par une interview dans laquelle il étrillait les «fausses valeurs de la chrétienté», tournait en ridicule les célébrations du millénaire, et s’interrogeait sur la charité de Tony Blair et de Bill Clinton après les bombardements américano-britanniques en Irak. «La plus élémentaire des courtoisies voudrait qu’il se souvienne des gens qui l’ont protégé», a tempêté Ann Widdecombe.
La sentence, officiellement, a été levée en septembre. Mais au dixième anniversaire de la fatwa pour blasphème envers l’islam qui l’a condamné à mort, Salman Rushdie continue de vivre en liberté surveillée, poursuivi par la malédiction de «sa Saint Valentin gâchée». «Quand on m’interroge sur l’incidence de ces dix années de siège sur mon approche littéraire, j’explique d’un ton badin avoir désormais une inclination pour les épilogues heureux», galéjait voici peu l’auteur britannique d’origine indienne, dans une tribune au New York Times. Au-delà de la pirouette, l’écrivain-fugitif demeure hanté par le décret édicté le 14 février 1989 par l’Ayatollah Khomeyni, qui avait voué au bûcher les «Versets sataniques» et mis à prix sa tête. C’est que la récente décision du gouvernement de...