Un autocollant «OSCE» sur des panneaux indicateurs, deux jeeps orange: l’installation de trois représentants de la communauté internationale à Malisevo a ramené à la vie cet ancien bastion des rebelles albanais. Fin juillet, plusieurs milliers de personnes fuyaient les obus serbes qui s’écrasaient sur ce bourg du centre du Kosovo, hâtivement baptisé par les maquisards indépendantistes «capitale des territoires libérés». Des hordes de chiens errants sillonnaient Malisevo pillé, désert, partiellement incendié, symbole de la déroute de l’Armée de libération du Kosovo (UCK). «Début décembre, le village comptait 25 policiers serbes et mille chiens» sourit Mike Jackson, colonel britannique en civil, chef de la Mission de vérification (KVM) de l’OSCE à Malisevo. «Aujourd’hui, 25 policiers serbes, trois membres de la KVM, environ 1 700 civils. Et moins de chiens.» L’ouverture, le 4 janvier, d’une mini-base de la KVM a donné le signal d’un retour collectif. «Notre maison est proche de la leur», se réjouit Aziz Mazreku, 33 ans. «Nous attendions qu’ils soient là pour revenir chez nous, après cinq mois et demi réfugiés chez des cousins. Tous ceux dont la maison n’a pas brûlé ont fait pareil». «Ces observateurs ne sont pas armés, mais leur présence est importante», poursuit ce petit homme amaigri en caressant la tête de l’un de ses fils. «S’il se passe quelque chose, ils interviendront. Mais s’ils partent, nous fuirons à nouveau». Environ les deux tiers des villageois sont retournés chez eux et travaillent à calfeutrer au moins une pièce par maison pour lutter contre la bise glacée qui balaie ce plateau enneigé. Le sol a gelé, les champs n’ont pas été mis en culture à l’automne et aucun commerce n’a rouvert: la population subsiste grâce à l’aide humanitaire internationale. La peur est toujours là Dans un hangar, Milaim Mazreku, délégué de l’organisation locale Mère Teresa, supervise la distribution de matériaux de construction offerts par les Américains de l’International Rescue Committee. Des madriers, des planches, des boîtes de clous, des marteaux, des scies, des bâches plastique frappées de la bannière étoilée. Des bottes d’enfant fourrées. «Sur les 300 maisons de Malisevo, 70 ont été brûlées par les Serbes», affirme-t-il. «Ceux qui le pouvaient sont rentrés, mais la peur est toujours là, à cause des policiers. Les massacres de Racak (sud, 45 Albanais tués) et de Rogovo (ouest, 24 Albanais tués) ont semé la panique. Nous avons besoin de beaucoup de garanties de l’étranger». Depuis la prise de la ville, un poste de police a été installé dans un grand immeuble blanc, proche du principal carrefour. Vingt-cinq fonctionnaires en tenue de combat s’y relaient en permanence, par périodes de sept jours. Leur chef, l’adjudant Mladan Radovic, assure n’avoir «aucun contact avec la population. Mais ils peuvent aller et venir, nous ne les arrêtons pas. Nous ne sommes pas là pour les provoquer. Les seules personnes que nous voyons sont les membres de l’OSCE. Ils passent nous voir. Notre coopération est excellente». Pris pour cible fin novembre par un tireur isolé, le poste de police n’a plus été visé depuis. Mais Malisevo est en fait encerclé par les maquisards de l’UCK, que l’on aperçoit régulièrement au bord des routes avoisinantes. À la sortie du bourg, une dizaine d’hommes se réchauffent autour d’un poêle à bois dans un ancien café vaguement restauré. «Nous aimerions que les observateurs soient plus nombreux», murmure l’un d’eux, trop effrayé pour révéler son identité. «Hier soir, un blindé de la police a circulé dans les rues...». Électricité coupée depuis six mois, pas d’écoles, aucune présence médicale: les habitants de Malisevo sont encore dans une logique de survie. Une tasse de café au lait en main, le colonel Jackson étudie la carte d’état-major qui tapisse le mur de son bureau. La radio crache des nouvelles des deux autres vérificateurs partis en patrouille. «La population souhaite le départ de la police», assure-t-il. «Mais elle voudrait aussi que l’UCK ne revienne pas».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Un autocollant «OSCE» sur des panneaux indicateurs, deux jeeps orange: l’installation de trois représentants de la communauté internationale à Malisevo a ramené à la vie cet ancien bastion des rebelles albanais. Fin juillet, plusieurs milliers de personnes fuyaient les obus serbes qui s’écrasaient sur ce bourg du centre du Kosovo, hâtivement baptisé par les maquisards indépendantistes «capitale des territoires libérés». Des hordes de chiens errants sillonnaient Malisevo pillé, désert, partiellement incendié, symbole de la déroute de l’Armée de libération du Kosovo (UCK). «Début décembre, le village comptait 25 policiers serbes et mille chiens» sourit Mike Jackson, colonel britannique en civil, chef de la Mission de vérification (KVM) de l’OSCE à Malisevo. «Aujourd’hui, 25 policiers serbes, trois...