Depuis leur petit atelier de confection de Téhéran, les sœurs Chokouh et Forouzan Zavieh habillent une large clientèle de riches Iraniens, soucieux de posséder une garde-robe dernier chic européen. La discrétion est de mise pour les deux couturières dans un pays où il n’est pas bon afficher ouvertement que l’on suit la mode occidentale, encore suspecte aux yeux du régime islamique. La boutique sans fioritures où elles exposent leurs collections de prêt-à-porter n’est ouverte qu’aux femmes bien qu’elles produisent également cette année du prêt-à-porter d’hiver masculin. Une trentaine d’ouvriers qui s’activent dans l’arrière-boutique sont séparés entre hommes et femmes, conformément à la législation du pays qui interdit la promiscuité entre les deux sexes. Dans un pays où les revues de mode sont interdites, le seul moyen de rester en contact avec les tendances en vogue à Paris, New York ou Milan sont les magazines glanés auprès d’amis, ramenés de voyages à l’étranger. D’autres, plus audacieux, bravent l’interdit qui frappe les antennes de télévision paraboliques pour pouvoir suivre les défilés de haute couture sur les chaînes étrangères. Certains réussissent admirablement, parvenant même, en alliant sens de la mode et faibles coûts de production, à décrocher des clients en Europe ou en Amérique du Nord. «Nous avons réussi à lier des contacts à New York, San Francisco et Montréal pour écouler une petite partie de nos produits», se félicitent les sœurs Zavieh. Ironie de l’histoire, une nouvelle génération de couturiers de talent est apparue en Iran après la révolution de 1979, au moment où les autorités menaient la guerre contre les produits de luxe et imposaient le tchador noir ou le manteau sombre avec foulard aux femmes. Ces réglementations islamiques n’ont pas réussi à décourager le goût des Iraniens pour la mode et l’élégance, qui s’affichent sans complexes dans les soirées privées des quartiers chics de Téhéran. Chadi Parand, une autre jeune styliste, assure qu’on lui demande fréquemment de reproduire les dernières productions parisiennes. «La classe moyenne iranienne a dans l’ensemble des goûts plus sophistiqués en matière de mode que la classe moyenne européenne ou américaine», affirme la jeune femme, qui a étudié la haute couture à Paris et a travaillé quatre ans chez un designer new-yorkais. De fait, les collections de prêt-à-porter au style avant-gardiste de Chadi Parand pourraient trouver leur place dans les rayons des grands magasins des capitales occidentales. L’élection en mai 1997 du président modéré Khatami a contribué à créer une embellie dans le monde culturel iranien, suscitant par contrecoup l’inquiétude des milieux traditionalistes. «Malheureusement, notre jeunesse est devenue esclave de la mode occidentale», déplorait récemment le quotidien Kar-o-Kargar.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Depuis leur petit atelier de confection de Téhéran, les sœurs Chokouh et Forouzan Zavieh habillent une large clientèle de riches Iraniens, soucieux de posséder une garde-robe dernier chic européen. La discrétion est de mise pour les deux couturières dans un pays où il n’est pas bon afficher ouvertement que l’on suit la mode occidentale, encore suspecte aux yeux du régime islamique. La boutique sans fioritures où elles exposent leurs collections de prêt-à-porter n’est ouverte qu’aux femmes bien qu’elles produisent également cette année du prêt-à-porter d’hiver masculin. Une trentaine d’ouvriers qui s’activent dans l’arrière-boutique sont séparés entre hommes et femmes, conformément à la législation du pays qui interdit la promiscuité entre les deux sexes. Dans un pays où les revues de mode sont...