Le terroriste présumé Oussama ben Laden devrait méditer l’exemple libyen et s’inquiéter pour son avenir, selon des analystes arabes. Les sanctions de l’Onu ont en effet contribué à la décision de la Libye de livrer à la justice deux accusés dans l’explosion de l’avion de Lockerbie et pourraient être encore plus efficaces pour convaincre la milice islamiste d’Afghanistan de livrer ben Laden, ont estimé des analystes et des diplomates arabes. «Nous n’avons pas affaire (en Afghanistan) à un État stable ou à un régime stable. Les sanctions exerceront forcément des pressions sur les taliban pour livrer ben Laden», selon Reda Hilal, vice-rédacteur en chef du quotidien gouvernemental égyptien Al-Ahram. L’Afghanistan est plus vulnérable à l’impact des sanctions que la Libye, qui est un État stable, disposant d’une économie organisée et de plusieurs «amis» malgré son isolement international, selon les analystes. Mais les sanctions ne sont pas toujours suffisantes, ajoutent-ils. Il a fallu sept ans de sanctions, de plus en plus dures, pour pousser le colonel Kadhafi à livrer, en avril, les deux agents libyens soupçonnés d’avoir commis en 1988 l’attentat contre un avion américain au-dessus de la ville de Lockerbie, en Écosse. 270 personnes avaient péri dans l’explosion. Mais la décision de Kadhafi était intervenue à la suite d’un compromis, faisant comparaître les deux suspects devant un tribunal écossais aux Pays-Bas, plutôt que devant un tribunal situé aux États-Unis ou en Écosse, comme le réclamaient Washington et Londres. «Ce ne sont pas seulement les sanctions qui ont permis le compromis», selon un diplomate arabe ayant requis l’anonymat. Ce compromis a été atteint grâce aussi à la «flexibilité» libyenne et au soutien de plus en plus important apporté par des États arabes, musulmans, africains et même quelques pays européens, à une solution négociée, précise-t-il. Hilal estime également que, si les sanctions avaient accru l’isolement de la Libye, elles n’en étaient pas l’unique cause. Des mutations mondiales comme l’effondrement de l’Union soviétique, le déclin des États nationalistes arabes et l’influence grandissante des États arabes pro-occidentaux sont également des facteurs dans le changement d’attitude de Kadhafi. «Nous avons actuellement affaire à un Kadhafi différent. Il recherche la normalisation. Son but est de continuer à gouverner la Libye», poursuit Hilal. Le diplomate arabe affirme que les États-Unis devraient trouver plus que les sanctions de l’Onu pour faire sortir ben Laden de son refuge afghan. «Les sanctions pourraient constituer un premier pas», reconnaît-il, mais «le plus important, c’est de créer un consensus international et régional» au sein de pays disposant d’une influence directe en Afghanistan. Les analystes estiment que les sanctions sont généralement inopérantes et qu’elles affectent surtout les peuples. Ils citent à ce propos l’exemple irakien, relevant que Saddam Hussein a survécu aux sanctions, alors que le peuple irakien en paie le prix. «Le peuple paiera le prix. L’hiver commence en Afghanistan», conclut Hilal. «Il faut faire une distinction entre ben Laden et les taliban et le peuple afghan. C’est le dilemme que les sanctions posent».
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