Le Premier ministre français, Lionel Jospin, va tenter de limiter les effets ravageurs pour la gauche de l’affaire de la Mutuelle nationale des étudiants de France MNEF dont la première victime a été son ministre de l’Économie, Dominique Strauss-Kahn. «Il s’agit évidemment d’un coup», a admis hier Daniel Vaillant, ministre chargé des Relations avec le Parlement, au lendemain de la démission de M. Strauss-Kahn, le ténor libéral du gouvernement de la «gauche plurielle». Ce spectaculaire départ fait suite à sa mise en cause dans un volet de l’affaire de la MNEF, qui était devenue un nid de combines et la «pouponnière» d’une élite socialiste. M. Strauss-Kahn est soupçonné, mais pas encore inculpé, de «faux et usage de faux» dans le cadre d’une prestation controversée à la MNEF payée 603 000 FF (90 000 euros) en 1997, quelques mois avant son entrée au gouvernement. Vingt-huit mois après son arrivée au pouvoir, M. Jospin doit faire face à une crise majeure éclaboussant l’image de «M. Morale» qu’il avait voulu imposer après dix années de dérives politico-affairistes en France. «C’est le jospinisme qu’on assassine», note le quotidien de gauche Libération, estimant que ses deux principes clefs, «éthique et volontarisme» sont «mis à mal» dans l’affaire à tiroirs de la MNEF. Pour un dirigeant de l’opposition de droite, François Bayrou, patron de l’UDF, la chasse aux affaires, qui n’a pas fini de faire des victimes dans son camp, va pouvoir s’ouvrir à gauche. La question est de savoir «quelle était la réalité des liens entre la MNEF et le Parti socialiste. On découvre depuis quelques mois que c’était des liens très importants», a-t-il dit. Plusieurs cadres socialistes, certains étant passés par un groupuscule trotskiste, l’OCI, avaient pris le contrôle de cette mutuelle, y développant de douteuses et lucratives pratiques à travers une série de filiales. En démissionnant avec célérité, avant même d’être inculpé, M. Strauss-Kahn va poser un problème d’équilibre interne au sein du gouvernement, mais «permet d’espérer de sauver les meubles», estime encore Libération. M. Jospin perd un pilier de son gouvernement, celui qui rassurait les marchés et qui faisait l’équilibre face à la ministre de l’Emploi, Martine Aubry, bête noire du patronat ainsi que des communistes et des écologistes. Arrivé au pouvoir presque par miracle en 1997, par la faute du président gaulliste Jacques Chirac qui a dissous l’Assemblée nationale à contretemps, M. Jospin aura passé avec succès les deux premières années de «cohabitation». Tous les indicateurs économiques et sociaux se sont éclaircis et la morosité ambiante qui caractérisait les années où la droite conduisait le gouvernement avant M. Jospin s’est estompée. Mais à mi-terme de la législature, son objectif inavoué mais transparent est bien de succéder à la présidence de la République à M. Chirac qui traîne comme un boulet des affaires de financement occultes, via la mairie de Paris. À l’horizon 2002, échéance prévue pour la présidentielle et du terme d’une cohabitation malaisée, MM Jospin et Chirac devraient donc se retrouver en lice, si les affaires judiciaires en cours ne déjouent pas cette prévision.
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