Boris Eltsine a remporté une nouvelle bataille dans sa longue lutte avec les communistes, commencée en août 1991 lorsqu’il fut l’artisan principal de la disparition de l’URSS. Ce fils de paysan, né en 1931 dans un petit village de l’Oural, a toujours aimé se décrire comme un rebelle, mais un de ses anciens proches l’a dépeint comme un homme avant tout enivré de pouvoir. Alternance de coups d’éclat et de traversées du désert, sa carrière fut d’abord celle d’un battant, plus inspiré par l’adversité que par l’exercice de ses charges, toujours plus à l’aise en tribun populaire qu’en gestionnaire politique. C’est à la fin des années 1980 que les circonstances propulsent sur le devant de la scène nationale cet apparatchik communiste de province. Conscient des carences du système soviétique, il se rapproche d’abord de Mikhaïl Gorbatchev. Mais il se brouille rapidement avec le numéro un soviétique qui l’écarte du gouvernement début 1988. Choqué, Boris Eltsine est victime de sa première attaque cardiaque. C’est le tournant de sa carrière, son entrée en opposition ouverte avec le système et le début d’une disgrâce de deux ans. Pour se relever, il fait ce qu’aucun leader soviétique n’a jamais fait avant lui : il s’appuie sur le peuple et devient député de sa région natale de Sverdlovsk. Et, en juillet 1990, il brûle ses derniers vaisseaux en quittant avec fracas le Parti communiste, au beau milieu du 28e Congrès du PCUS. Au sommet de sa popularité, le tribun à la mèche blanche consomme son histoire d’amour avec les Russes en se faisant élire président de la Fédération de Russie au suffrage universel, le 12 juin 1991, dès le premier tour avec 57,38 % des voix. En août, juché sur un char, il prend la tête de la résistance au putsch communiste dirigé contre Mikhaïl Gorbatchev. Dopé par ce succès, qui fait de lui de facto l’homme fort de Moscou, il proclame en décembre de la même année la fin de l’Union soviétique et du régime communiste. Il donne ainsi le coup d’envoi à des réformes économiques libérales qui vont transformer irréversiblement la société russe. Les années suivantes sont plus troubles. Les rumeurs sur sa santé s’accumulent, et quelques écarts de conduite sont attribués à sa passion envahissante pour la vodka. À deux reprises, il utilise la force pour faire plier ses adversaires. En 1993, il dissout le Parlement issu de l’ex-URSS. Certains députés refusent cette dissolution et organisent une résistance armée dans leur «Maison blanche», bâtiment du Parlement au centre de Moscou. Eltsine envoie la troupe. Les combats font officiellement 148 morts. Fin 1994, il décide de mettre au pas la petite république indépendantiste de Tchétchénie. Les civils meurent par dizaines de milliers, mais il faut une défaite militaire en août 1996 pour que le président accepte d’entamer un véritable processus de paix. L’assaut contre le Parlement et la guerre de Tchétchénie étaient deux des chefs d’accusation retenus contre lui dans la procédure de destitution. Malgré ses ennuis cardiaques, il décide de briguer un second mandat à l’élection de l’été 1996. Probablement soutenu par des traitements médicaux, il réussit une campagne tonitruante, se présentant comme le seul rempart contre un retour du communisme. Mais le cœur malade du président a brûlé ses dernières forces. Le 5 novembre 1996, il passe sept heures sur la table d’opération pour subir un quintuple pontage coronarien. La suite de son mandat est rythmée par ses incessants combats contre une opposition grandissante qui lui reproche des réformes jugées trop brutales par les uns, inefficaces par les autres. Le vieux lion s’accroche pourtant, remportant tous ses combats contre l’opposition communiste. Son affaiblissement politique date d’août 1998, lorsque la Douma réussit à lui imposer un Premier ministre proche des communistes, Evgueni Primakov, au plus fort de la crise financière.
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