Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Entre l'Europe et l'Orient Les albanais et leurs cousins kosovars, si proches et si différents

La solidarité manifestée par les Albanais envers leurs «cousins» kosovars est mue par des «racines communes», mais elle ne peut masquer des différences fondamentales entre les deux peuples, estime Ilia Lengu, professeur de littérature française à Tirana. L’Albanie, le pays le plus pauvre d’Europe, accueille sur son sol 427 000 réfugiés du Kosovo, dont plus de la moitié sont hébergés dans des familles albanaises. «Nous avons les mêmes racines, les mêmes références essentielles, mais l’histoire nous a séparés. Depuis des dizaines d’années, nous avons pris des chemins différents, et il nous faudra du temps pour marcher au même pas», explique M. Lengu. Selon lui, la différence fondamentale entre Albanais et Albanais du Kosovo réside dans le fait que les premiers «se sentent beaucoup plus proches de l’Europe, ont envie de s’y intégrer», tandis que les seconds «sont plus marqués par l’empreinte orientale, en rejet de la civilisation et la culture serbes». Par ailleurs, estime-t-il, «le niveau culturel général est plus élevé en Albanie». «Il y a toujours eu une élite intellectuelle prestigieuse à Pristina (chef-lieu de la province du Kosovo), mais les restrictions du régime serbe, notamment dans le domaine de l’éducation, ont empêché la population d’en profiter. Généralement la société kosovare est plus paysanne et plus fermée sur elle-même que l’albanaise». «Elle était aussi plus riche», ajoute-t-il, en se remémorant son premier voyage au Kosovo en 1974 : «J’avais été frappé par les maisons, par le bon état des routes, par la différence de niveau de vie, même dans les familles paysannes», se souvient-il. «Il y avait là-bas (au Kosovo), un niveau matériel qui laissait les Albanais bouche bée», raconte-t-il. Générosité albanaise Aujourd’hui, Ilia Lengu se félicite de «la générosité albanaise», de la réaction de ses compatriotes face au drame des Albanais du Kosovo. «C’est réconfortant de voir ça». Toutefois, il «avoue se demander parfois si cette générosité est toujours désintéressée». «Quand je vois certains Albanais louer leur appartement à des réfugiés au triple du loyer normal, je trouve ça triste». «Les réfugiés vont rester, on ne sait pas combien de temps, il ne faudrait pas que cela dure trop longtemps, sinon je crains des problèmes», ajoute-t-il. «Nous avons déjà énormément de problèmes ici, poursuit-il en énumérant un taux de chômage qui frôle les 50 %, un manque criant d’infrastructures, des institutions fragiles». «Nous sommes cousins, nous sommes liés par une estime et une affection réciproques, mais je vous le dis franchement, il vaut mieux que nous restions voisins», sourit-il. Le rêve de certains d’unifier tous les Albanais de la région, de créer «la Grande Albanie» ? «Ils sont très peu à le vouloir vraiment. Et puis, occupons-nous d’abord de réussir la petite Albanie».
La solidarité manifestée par les Albanais envers leurs «cousins» kosovars est mue par des «racines communes», mais elle ne peut masquer des différences fondamentales entre les deux peuples, estime Ilia Lengu, professeur de littérature française à Tirana. L’Albanie, le pays le plus pauvre d’Europe, accueille sur son sol 427 000 réfugiés du Kosovo, dont plus de la moitié sont hébergés dans des familles albanaises. «Nous avons les mêmes racines, les mêmes références essentielles, mais l’histoire nous a séparés. Depuis des dizaines d’années, nous avons pris des chemins différents, et il nous faudra du temps pour marcher au même pas», explique M. Lengu. Selon lui, la différence fondamentale entre Albanais et Albanais du Kosovo réside dans le fait que les premiers «se sentent beaucoup plus proches de...