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Actualités - Reportages

Théâtre- Miniatures algériennes de Lina Abiad L'insoutenable horreur de la guerre

Avec crudité et pudeur — tout comme le paradoxe du comédien — une femme dénonce la guerre en Algérie. Elle jette avec colère mais aussi compassion la pleine lumière sur une lutte fratricide innommable et incompréhensible. Ici, le théâtre est loin des notions de divertissement gratuit et se transforme en cri du cœur et prise de conscience. Dans une fresque mouvante et tragique, par le biais de tableaux graves et saisissants, un groupe de comédiens et surtout de comédiennes (les étudiants de la division des humanités de la LAU) font vivre l’insoutenable horreur de la guerre. Mounamnamat Jazaïrïa * (Miniatures algériennes) de Lina Abiad, qui n’a jamais fait dans la dentelle, est de ces œuvres qui laissent le spectateur pantois devant l’incroyable spectacle de la barbarie humaine. Algérie ou ailleurs, quelle différence ? Le Vietnam, Sarajevo, Beyrouth, Kosovo, les Arméniens, les Palestiniens, autant de drames qui se ressemblent (et la liste est loin d’être exhaustive) avec la variante des «actants» qui se partagent l’ignominie du rôle de bourreau ou la triste destinée des victimes sans défense. Situation révoltante et injuste, comme la mort elle-même. C’est dans cette optique que Lina Abiad a conçu et réalisé cette descente aux enfers de la cruauté. Sans oublier la beauté, toute en simplicité et sans emphase, d’un texte en arabe aux éclats parfois rageurs. Usant d’images fortes et puissantes, Lina Abiad s’est contentée de piocher, pour plus de sincérité, d’authenticité et de véracité, dans la presse étrangère (Le Monde, Esprit, Le Nouvel Observateur, L’Événement de jeudi) et locale (An-Nahar) qui témoignent, par la plume, de l’ampleur et de l’atrocité de ce drame en perpétuel recommencement. Dans un décor dépouillé mais efficace — des portes, des fenêtres et un éclairage profilant minaret et arcades — la pièce s’ouvre au son des pépiements des oiseaux tandis que le fossoyeur creuse les tombes dans un sinistre cimetière aux grilles en fer. À l’avant-scène, vision cauchemardesque, une dizaine de cadavres sont enveloppés de linceuls blancs. La mort et la vie se côtoient, la joie et le deuil se rejoignent. Amour trahi Comme des chrysalides s’échappant de leurs cocons, les acteurs se libèrent de leur couverture mortuaire pour envahir la scène en un chœur de femmes apeurées et éplorées. Et là, se déroule la pellicule des lugubres événements où l’être est constamment au rendez-vous de la mort. Témoignages poignants et terribles où folie, terreur, angoisse et détresse sont au bout du verbe et du regard. Qui tue qui ? Et au nom de quoi ? «Chaque fois qu’on se penche sur cette terre pour embrasser sa poussière, elle nous poignarde», dit l’un des personnages. Aveu consternant pour dire l’amour trahi (par qui, comment, pourquoi ?) d’un pays livré à la violence la plus abjecte. Comme une volée de moineaux effrayés, ces femmes, sources même de la vie, tentent en vain de se soustraire aux forces du mal, à l’inacceptable soumission de tout ce qui dessèche et rend stérile. Silences crispés, femmes prostrées, enfants traumatisés, torture inadmissible, le calvaire de la douleur semble infini à travers ces histoires, retranscrites ici dans leur dénuement, comme de vibrants appels à un retour de la conscience humaine si lâchement désertée. Analyser ou expliquer cette guerre absurde – comme le sont d’ailleurs toutes les guerres – n’est pas l’enjeu de cette pièce au réalisme implacable. Mais s’arrêter un moment, comme une ultime prière ou pensée, devant la dérive et l’anéantissement de ces êtres. Ces vies fracassées, ces corps mutilés, ces exils amers, ces départs forcés qui brisent le cœur et la vie. Pour tant de larmes et de sang, le théâtre a valeur ici non seulement d’engagement ou de solidarité mais d’acte de courage et de générosité. Mise en scène avec simplicité, transparence et humilité, afin de laisser à ces divers témoignages toute leur force, leur beauté, leur émotion, leur férocité, on serait tenté de dire leur virulence, «Mounamnamat Jazaïrïa» revêt dans sa forme épurée le caractère d’un rituel presque sacré. Un travail d’une absolue sobriété qui ferait pâlir bien de prétendus professionnels rompus pourtant à la tâche. Malgré la chaleur suffocante d’une salle mal climatisée, le public, en état d’hypnose, a suivi ce spectacle gratifiant mais sans pitié. Il est évident qu’il s’agissait là de servir une cause et non de s’en servir. Pari admirablement réussi et qu’on recommande non aux petites natures et aux mondains, mais à tous ceux qui savent que conjurer le malheur et bâtir son bonheur sont souvent un combat inégal avec la vie dont il faut savoir triompher. * Les représentations se poursuivront jusqu’au dimanche 16 mai.
Avec crudité et pudeur — tout comme le paradoxe du comédien — une femme dénonce la guerre en Algérie. Elle jette avec colère mais aussi compassion la pleine lumière sur une lutte fratricide innommable et incompréhensible. Ici, le théâtre est loin des notions de divertissement gratuit et se transforme en cri du cœur et prise de conscience. Dans une fresque mouvante et tragique, par le biais de tableaux graves et saisissants, un groupe de comédiens et surtout de comédiennes (les étudiants de la division des humanités de la LAU) font vivre l’insoutenable horreur de la guerre. Mounamnamat Jazaïrïa * (Miniatures algériennes) de Lina Abiad, qui n’a jamais fait dans la dentelle, est de ces œuvres qui laissent le spectateur pantois devant l’incroyable spectacle de la barbarie humaine. Algérie ou ailleurs, quelle...