Alors que le nombre d’enfants trouvés était de quatre en 1993 (d’après les Forces de sécurité intérieure), ce chiffre a quadruplé en 1995. En 1998, plus de 30 enfants délaissés ont été recueillis dans des crèches. «Les enfants abandonnés sont la plupart du temps trouvés dans un coffre de carton déposé sur le seuil de l’orphelinat», raconte sœur Isabelle. Dans certains cas, une personne, portant un nourrisson dans ses bras, se présente à la crèche et demande à voir la responsable. Absente pour deux minutes, la secrétaire retourne et ne trouve plus la personne en question : celle-ci s’est enfuie en laissant le nouveau-né seul sur la table. Sœur Isabelle ajoute: «Nous appelons dans ce cas la gendarmerie du district où l’enfant a été trouvé. Les gendarmes nous confient alors l’enfant après avoir dressé un procès-verbal. Nous remplissons ensuite les papiers necessaires chez le maire de la ville, lequel témoigne de l’abandon du nouveau-né. Le dossier est présenté à l’état-civil afin d’établir un certificat de naissance. Nous choisissons enfin un nom et un prénom pour l’enfant». «Le phénomène des enfants délaissés n’est pas nouveau au Liban», note de son côté Mlle Wafa’ el-Baba, qui considère que ce sont les relations illégitimes plutôt que la pauvreté qui en sont la cause. Ces enfants sont parfois trouvés emmitouflés dans une couverture propre, avec une boîte de lait, des couches et des sous-vêtements neufs. D’autres sont couverts de glaire et enveloppés d’un drap de lit. «Il y a quelques mois, les voisins ont vu une voiture qui est venue, tard dans la nuit, déposer une caisse devant la porte d’entrée et s’en aller rapidement, raconte Mlle el-Baba. Ils nous ont appelés pour examiner ce coffre, dans lequel nous avons trouvé un nouveau-né. Nous l’avons transporté à l’intérieur de l’orphelinat et l’avons transféré le lendemain à la crèche relevant de notre institution. Si les voisins n’avaient pas remarqué cette scène, ce corps frêle aurait été la proie des chiens!». Sœur Isabelle et Mlle el-Baba déplorent dans ce cadre l’attitude des autorités responsables qui, loin de leur faciliter la tâche, les font attendre des mois avant de leur délivrer les pièces d’identité des enfants trouvés. «Nous avons à l’heure actuelle 17 enfants qui n’ont toujours pas de certificat de naissance», affirme Mlle el-Baba. «Les orphelinats travaillent dans un but humanitaire, alors pourquoi toutes ces entraves de la part de l’État ?», s’interroge sœur Isabelle. «La plupart des enfants abandonnés que nous accueillons sont gravement malades et leur maladie est parfois contagieuse. Nous avons absolument besoin de leur certificat de naissance pour leur assurer les traitements médicaux aux frais du ministère de la Santé. Alors plus les formalités administratives sont retardées, plus l’état de santé de l’enfant se dégrade», conclut sœur Isabelle.
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