La constitution du prochain Cabinet indonésien faisait hier l’objet de toutes les spéculations à Djakarta alors que le président Abdurrahman Wahid et la vice-présidente Megawati Soekarnoputri effectuent leur premier déplacement en province. Les activistes et partisans des réformes soulignent que la prochaine équipe ministérielle ne devra comporter aucune personnalité impliquée avec l’ancien régime afin qu’il soit clair que les pratiques précédentes, et en premier lieu la corruption, ne sont plus de mise. Ce souhait, notent certains commentateurs indonésiens, risque de se heurter au réalisme politique : pour être élu, M. Wahid, comme Mme Megawati, ont dû conclure des accords, et notamment avec le Golkar, autrefois au pouvoir, financièrement puissant et bien implanté dans l’administration. «Le résultat risque d’être un cabinet qui semblera bizarre», avertit ainsi à l’avance Hasyim Wahid, frère du président mais qui fait aussi parti de l’état-major du Parti démocratique indonésien de lutte (PDIP) de Mme Megawati. Le président Wahid et Mme Megawati se sont recueillis ensemble sur les tombeaux de leurs ancêtres dans l’est de l’île de Java, d’abord à Jombang où est enseveli Wahid Hashim, le grand-père du président, puis à Blitar où repose le président Soekarno, le premier président de l’Indonésie et père de Mme Megawati. Amis de longue date et alliés politiques, ils avaient effectué de concert ce même pèlerinage la semaine dernière avant l’élection présidentielle à laquelle ils étaient tous deux candidats. Les deux dirigeants se sont ensuite rendus à Bali, secoué pendant 48 heures par de sérieuses violences qui ont éclaté à la suite de l’échec de Mme Megawati à la présidence. Bali, l’île devenue synonyme de luxe et de tourisme L’île, devenue synonyme de tourisme de luxe et de vacances de rêve, est en effet un bastion pour Mme Megawati. Sa mère, Fatmawati, appartenait à l’aristocratie balinaise. Les différentes listes ministérielles qui circulent à Djakarta ont en commun la disparition du nom de M. Ali Alatas pour le poste de ministre des Affaires étrangères. M. Alatas, à 66 ans, ne cache pas son désir de se retirer. Après 15 années durant lesquelles il a été l’implacable défenseur de la politique étrangère indonésienne, il restera comme celui qui a dû justifier devant la communauté internationale le fiasco est-timorais et la déportation de la population alors qu’il avait exigé que l’Indonésie soit responsable du maintien de l’ordre et de la sécurité. Parmi les favoris à sa succession figure Alwi Shihab, une personnalité musulmane qui a enseigné l’histoire islamique à Harvard et est vice-président du Parti de l’éveil national (PKB) du président Wahid. Un autre nom également cité pour le portefeuille des Affaires étrangères est celui de Marzuki Darusman, le vice-président du Golkar mais aussi le président de la Commission nationale des droits de l’homme. Les fidèles de l’ancien président Habibie accusent M. Darusman d’être un traître et d’avoir joué un rôle décisif dans l’élimination du successeur de M. Suharto. Un autre poste fait l’objet de nombreuses spéculations, celui de la Défense qui, actuellement détenu par le général Wiranto, commandant en chef des forces armées, pourrait revenir à un autre général. Le général Wiranto pourrait, quant à lui, être nommé au ministère de la Sécurité et des Affaires politiques. Dans tous les cas, les commentateurs s’accordent toujours pour dire que l’équipe sera réduite : une vingtaine de ministres contre 36 pour le Cabinet Habibie.
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